Friday, 29 December 2017

Une promenade dans le Berlin des années Weimar



Scene de rue Berlin 1930


De Eric D. Weitz, auteur du livre Weimar Germany, promise and  tragedy:



"Une promenade dans la ville consiste à baigner dans des éléments différents et dynamiques de la société de la République de Weimar: riches et pauvres, en haillons et puissant; tous les styles architecturaux, du néoclassique au moderne; boutiques élégantes à côté des habitations hétéroclites de la classe ouvrière, avec leurs meubles bon marché et de la toile cirée au lieu de nappes.



Marcher à travers la ville est une autre façon de «vivre» la politique, à travers les manifestations de rue, les affiches de campagne et les sièges sociaux des différents partis politiques portant leurs bannières. Une telle promenade porte aussi une leçon d'histoire, ce qui nous permet d'envisager divers styles architecturaux, bien que peu sont plus âgés que le dix-huitième siècle, le style historiciste si répandue dans les bâtiments du XIXe siècle; des musées qui rendent hommage au passé et tentent de souligner les relations entre la culture allemande et les merveilles de la Grèce antique; monuments comme la Porte de Brandebourg et la Colonne de la Victoire, érigés à la gloire des victoires militaires Allemandes et Prussiennes.


Flâner autour de la ville est plonger dans un bain de modernité: regarder, sentir et mâcher les embouteillages, la couche de pollution industrielle, des rivières polluées et les canaux, la ruée des foules qui se bousculent, les quais de chemin de fer et les voitures de métro; le plaisir de sentir la brise fraîche et de voir les eaux claires de la Wannsee, les sorties tumultueuses de week-end, en tram, en train ou en voiture; les lumières éblouissantes des cinémas et des restaurants, des voitures et des feux de circulation, les publicités qui s'illuminent dès que la nuit tombe sur la ville; le charme séduisant des modèles dernier cri dans les vitrines. Après une longue marche, il est temps de s'asseoir, cette activité que les citadins aiment tant et peut-être surtout les Berlinois. Enveloppés jusqu’aux sourcils et lassés de faire face à l'humidité froide, au premier aperçu fugace du printemps, ils s'assoient pour boire une bière ou un café, tandis qu'ils regardent les gens qui marchent dans la rue, les voitures et les tramways, les boutiques de l'autre côté de la rue, le ciel gris."




Eric D. Weitz, professeur d'histoire à l'Université du Minnesota, a écrit un beau livre sur l'Allemagne de Weimar. À ma connaissance, le livre n'a pas encore été traduit au francais, le passage cité est de ma propre traduction. 

Lien pour le livre (en anglais) du professeur Weitz sur Amazon


Tuesday, 26 December 2017

"Le marchand de Berlin", un scandale

Der Kaufmann von Berlin - Mehring- Lazlo_Moholy_Nagy

Der Kaufmann von Berlin, un scandale


6 septembre 1929: première de «Le marchand de Berlin», une pièce de Walter Mehring au théâtre d'Erwin Piscator près de Nollendorfplatz, au centre de Berlin. La musique était interprétée par le groupe de jazz «Weintraub Syncopators» et la scénographie était de l'artiste Lazlo Moholy-Nagy. C'était un scandale politique. La SA, une branche paramilitaire du parti nazi, patrouille devant le théâtre. Dans un pamphlet furieux, Joseph Goebbels s'agite contre le dramaturge: «Envoie-le à la potence!» La presse attaque Mehring, l'accusant à la fois de propagande pro-juive et d'antisémitisme. Des juifs galiciens, des hommes d’affaires prussiens, des escrocs de petite taille, des généraux, des voyous du Freikorps, des magnats industriels et des juristes encadrent le panorama social du «Marchand de Berlin».

Lire le texte de Mehring, c'est comme lire le journal (pas seulement un, mais tous!), Regarder un film (pas seulement un, mais tous les films du monde!), C'est comme être submergé par une carte de la ville, c'est comme écouter toutes les voix de Berlin à ce moment-là, les entendre chanter et crier, crier et crier. L'écriture de Mehring n'est pas sans rappeler la prise de vue panoramique d'une caméra sur les paysages de Berlin pendant l'entre-deux-guerres. Il reflète le haut et le bas, contient un langage grossier et aussi du yiddish, l'argot des voleurs et toutes les phrases vides de la haute société. Kurt Tucholsky a écrit: "Mehring a été le premier homme à littéralement survoler la ville de Berlin!"

La pièce : 

Kaftan, un Juif d'Europe de l'Est, descend du train à Alexanderplatz au début de 1923, avec seulement 100 dollars dans sa poche. Les troupes françaises ont occupé la région de la Ruhr et réclamé des réparations de guerre. Le gouvernement allemand fait démarrer la presse à billets et un effondrement sans précédent de la monnaie est en train de se produire. Au cours de sept mois, le reichsmark diminue de plusieurs billions de dollars par rapport au dollar. Les classes moyennes perdent tout. Les gens souffrent de famine et le commerce de troc est revenu à la vie quotidienne. Müller, un avocat et un profiteur accompli, pousse Kaftan à spéculer surl'inflation. Kaftan utilise les 100 dollars pour spéculer avec du savon, en échangeant les bénéfices pour du bacon. Quelque temps plus tard, dans la spirale inflationniste, il possède déjà une banque entière. Ensuite, il devient l'heureux propriétaire d'un site d'élimination des déchets dans le sud de Berlin, qui s'avère rapidement être une cache d'armes secrète. Dans quatre semaines, Kaftan est devenu l'un des plus grands financiers de Berlin. Profitant du seul point faible de Kaftan - la maladie de sa fille Jesse -, Müller le pousse à soutenir un coup d'État de la part des groupes nationalistes de droite. Kaftan voit finalement son capital gaspillé par l'élite politique. Quatre cents ans après Shakespeare, Kaftan semble être un genre de Shylock, le revenant tragicomique du juif éternel de l'ère élisabéthaine.

(texte de Volksbühne am Rosa-Luxemburg Platz)
Le

Thursday, 21 December 2017

Max Hansen prend des risques



Actor Max Hansen
Photographer: Per-Olow - Collector's card, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=20403978

Max Hansen (1897-1961) 

Il était l'un des meilleurs comédiens du Berlin de l'époque Weimar. Il a joué dans une quarantaine de films et a été l'un des fondateurs du célèbre Kabarett der Komiker (KadeKo) à Berlin, avec Paul Morgan et Kurt Robitschek.
L'un de ces films était "Le cabinet du Dr.Larifari", une comédie délirante de 1930.
Hansen est né à Mannheim et fit sa carrière à Vienne et Berlin, avant de déménager au Danemark (pays de sa mère) en 1933. Hansen est dit avoir découvert la chanteuse et actrice suédoise Zarah Leander qui deviendra plus tard une favorite de l'establishment nazi . Il était marié à Lizzi Waldmüller, une actrice autrichienne bien connue.
En 1932, Hansen a laissé entendre qu'Adolf Hitler était un homosexuel dans sa chanson "War'n Sie schon mal in mich verliebt?" ("N'étiez-vous pas une fois amoureux de moi?"), ce qui a causé la haine des nazis. Cela aurait été en soi une raison suffisante pour qu'il quitte le pays dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Mais en plus, son père était juif.
Ici, une traduction de la polémique chanson :

Hitler et Siggi Cohn
Se connaissent depuis des années
Un jour ils sont sortis
boire un coup à la Hofbräuhaus

Mais déjà au cinquième verre
Les yeux de Hitler sont devenus humides
Il embrassa Siggi Cohn et bafouilla:
"N'étais-tu pas une fois amoureux de moi?

C'est une belle chose cela
N'as-tu jamais rêvé de moi ?
Eh bien, tu n'as pas manqué grande chose
Je ne suis pas grand, je ne suis pas petit

Je suis juste de la taille de Munich
Je ne suis pas idiot, je ne suis pas intelligent
Mais la saleté, tu vois, j’aime ça
Tu peux prendre le risque d'être mon ami

Parce que, entre toi et moi -
Je n'ai plus rien à perdre.


Maintenant: qui était ce Siggi Cohn? Un politicien ? Un journaliste ? Mais, Cohn? Cela semble trop juif pour que quiconque l’imagine avoir une liaison avec le Führer. Bien que Mussolini a eu une petite amie juive, alors, qui sait?




Sunday, 17 December 2017

Le cabinet du docteur Larifari

Cabinet doctor Larifari -  film

De 1930 date le film « Das Kabinett des Dr. Larifari ».

Disons tout de suite qu’il n’a rien à voir avec « Dr.Caligari », le film bien plus connu de Robert Wiene, chef d’œuvre expressionniste. « Caligari » avait fait l’objet d’une intense campagne publicitaire lors de sa première, en 1920, avec des slogans comme « Nous devons tous être Caligari ! », dans les journaux et sur des affiches.

Dix ans plus tard, une équipe formée par les comédiens Max Hansen, Paul Morgan et Carl Jöken, créent un petit joyau d’humour absurde, avec le régisseur Robert Wohlmuth, et empruntent le titre du grand film expressionniste pour faire quelque chose de completement different. Ils substituent Caligari par Larifari, un mot qui veut dire quelque chose comme « bavardage délirant ».

L’esprit du film (disponible sur youtube) est proche des contemporains Marx Brothers. Le scenario : trois amis fauchés imaginent une manière de gagner de l’argent : fonder une compagnie cinématographique, la « Trio-Film ». Seulement, quels films vont ils produire ? Ils passent d’une idée loufoque à l’autre. Ils finissent par réaliser que la production de films n’est pas la meilleure manière de payer leurs dettes. Mais entre temps ils nous livrent quelques sketchs réjouissants.

« Dr.Larifari » est un film sur le film. Ils se moquent des différents genres populaires à l’époque, et ils ne se privent pas de rire du nouvellement apparu film parlant, avec une scène où l’ingénieur de son enregistre le moindre bruit produit par les bouches d’une famille en train de manger la soupe.
On assiste aussi à un match de boxe où les adversaires chantent des airs d’opera au lieu de se donner de coups. Ca fait penser au sketch des philosophes footballeurs des Monty Python.
On voit aussi jouer les alors célébrissimes Weintraub Syncopators, une jazz-band qui faisait aussi des incursions dans d’autres genres musicaux, avec un humour tout à fait en syntonie avec Larifari.





Même si Trio-Film ne voit jamais le jour, 

rien n’empêche les trois entrepreneurs de rêver grand: ils voient déjà leur compagnie s’installer dans des bureaux monumentaux. Cette séquence est tournée dans le quartier général du groupe Ullstein à Berlin, un véritable palais qui hebergeait les rédactions des journaux et revues appartenant au groupe. On voit la façade, en elle même de style expressionniste, mais qui déformée par le lens de la caméra prend un air encore plus irreel. La maison Ullstein existe toujours par ailleurs. 

Une autre scène comique est celle où la comédienne autrichienne Gisela Werbezirk joue une femme écrivain : Frau Hedda Mutz-Kahla. Elle vient proposer un roman pour être filmé. « Il vous rapportera  sûrement 1.000.000 marks » , assure-t-elle, « que dis-je ? 1.050.000. » En plus elle chante  « Ich bin von Kopf bis Fuss... », la chanson de Marlene Dietrich dans L’Ange Bleu (qui avait eu sa première quelques mois auparavant), avec significativement moins de sex-appeal. 

Dans le café où les trois amis discutent de leurs projets, on voit un affiche sur le mur, publicité pour un nouveau film : « Le blond enfant danubien du Rhin », un titre digne de figurer dans la filmographie de Trio-Film.
Plusieurs des acteurs étaient des cabarettistes bien connus dans le Berlin des années 20. Tous ou presque sont partis en exil en 1933. Mais le rôle le plus marquant est celui de l’immense Max Hansen, un grand comédien d’origine danoise.



Tuesday, 12 December 2017

Les Weintraub Syncopators de Berlin

Weintraubs Syncopators


À leur apogée, vers 1928, les Weintraubs Syncopators était le premier groupe de jazz hot en Allemagne. 


Le groupe a été formé par le pianiste Stefan Weintraub et le saxophoniste / clarinettiste Horst Graff en 1924. En 1927, le pianiste et arrangeur Friedrich Hollaender prit la direction.

En 1913, Weintraub commença, après l'obtention du diplôme dans sa ville natale Breslau (Wroclaw), un apprentissage en pharmacie. Après son retour de la guerre mondiale, il s'installe à Berlin, où il travaille dans l'industrie alimentaire. Jazz, la nouvelle musique de danse américaine, le fascinait; Weintraub était si talentueux en tant que pianiste qu'il pouvait facilement reproduire une mélodie qu’il venait d’écouter. Avec les huit ans plus jeune Berlinois Horst Graff, qui jouait du saxophone et avait aussi un talent d'organisation, il a fondé le groupe de danse Stefan Weintraub, qui a bientôt prit le nom de Weintraubs Syncopators. En 1924, le quintet apparut pour la première fois.

Les Weintraubs Syncopators ont connu un tel succès que leurs membres sont devenus des musiciens professionnels et ont élargi le groupe. Parmi les membres se trouvait l'étudiant en chimie Ansco Bruinier, qui avait reçu des leçons de violoncelle, mais jouait aussi de la trompette, du saxophone et du Susaphon et maîtrisait l'art de siffler en plus du chant. Son frère Franz S. Bruinier fut le premier compositeur de Bertolt Brecht (qui travailla plus tard avec Kurt Weill et Hanns Eisler). En tant que pianiste et compositeur, Franz Bruinier a participé à des événements musicaux et littéraires, le soi-disant MA (pour Montag Abend, "Lundis soir"), avec les Syncopators. Ici, Friedrich Hollaender a fait la connaissance du groupe et les fit participer à ses revues, où il prit lui-même la partie piano. Déjà en 1927, le groupe a joué dans la revue de Max Reinhardt "What they want", "Hetärengespräche", "Ça, c’est toi", "Das spricht Bände" et "Autour de nous la Gedächtniskirche". Avec l'entrée de Hollaender, Stefan Weintraub est passé du piano à la batterie.

Les Syncopators fascinaient par leur polyvalence musicale

...et stylistique, entre la parodie classique, les danses latino-américaines, les valses viennoises, les chansons de cabaret françaises, le swing et le jazz de Chicago: les musiciens individuels changeaient plusieurs instruments dans une pièce; ils changeaient également de vêtements selon le sujet. Ils divertissaient le public en imitant des sons d'animaux, en utilisant des outils inhabituels tels que des ustensiles de cuisine comme instruments, ou en jouant dans des positions inhabituelles (par exemple, allongé sur le sol). Les éléments théâtraux, grotesques et clownesques étaient si magistralement combinés au divertissement musical et au jazz que les Syncopateurs de Weintraub furent bientôt reconnus comme l'orchestre de scène le plus recherché de Berlin. Dans la revue "S'il vous plaît venez à bord" ils sont apparus comme compagnons et coéquipiers de Joséphine Baker. En 1928, les premiers enregistrements. Le groupe se composait de Friedrich Hollaender (piano), Stefan Weintraub (batterie), Paul Aronovici (trompette), John Kaiser (trombone), Horst Graff (clarinette, saxophone alto), Freddy Wise (saxophone ténor, saxophone basse et clarinette), Cyril "Baby" Schulvater (banjo et guitare) et Ansco Bruinier (trompette, tuba et basse). Stefan Weintraub avait les compétences d'un chef d'orchestre et assurait la cohésion artistique et humaine entre les différents musiciens.

Les Syncopateurs furent également impliqués le 6 septembre 1929 dans la première scandaleuse de la pièce "Le Marchand de Berlin" de Walter Mehring à la Volksbühne de Berlin, pour laquelle Hanns Eisler avait écrit la musique. Ils sont également apparus dans le premier film sonore allemand L’Ange Bleu, que Joseph von Sternberg mit en scène en 1930, avec Marlene Dietrich. Les arrangements de jazz sont venus de Franz Wachsmann, le successeur de Hollander en tant que pianiste du groupe. Hollaender a fait quelques enregistrements avec le groupe, où ils sont apparus comme "Friedrich Hollaender et ses symphonistes de jazz". Vraisemblablement, les syncopateurs ont également été impliqués dans des enregistrements de Peter Kreuder et Marlene Dietrich. Toujours en 1930, ils étaient avec Paul Morgan, Max Hansen et le ténor Carl Jöken dans le film de cabaret Le cabinet du Dr. Larifari (et non pas Caligari ...), réalisé par Robert Wohlmuth.

En 1933, les Syncopateurs de Weintraub jouèrent côte à côte avec Hans Albers dans le film de l'UFA «Aujourd’hui ça dépend» («Heute kommt's drauf an»). Ce fut le dernier des 20 longs métrages auxquels ils participèrent, avant d'être affectés en tant que soi-disant "non-aryen" en Allemagne d'interdiction de performance. Ils ont entrepris de nombreux voyages à l'étranger - même en Union soviétique (1935, 1936) et au Japon (1937). Le groupe voulait émigrer en Australie. Avec un contrat lucratif, les Syncopateurs sont arrivés en Australie en juillet 1937. Le public australien a réagi avec enthousiasme, mais le syndicat des musiciens a résisté par tous les moyens contre l’orchestre, qui était à l'époque le groupe de jazz allemand le plus connu internationalement.

Finalement, ils se sont installés en Australie, où Stefan Weintraub est décédé en 1981.




Ssource principale: Wikipedia 




Thursday, 7 December 2017

Egon Erwin Kisch, le reporter en mouvement perpétuel

Egon Erwin Kisch


Egon Erwin Kisch, « der rasende Reporter », ce qui veut dire à peu près : le reporter qui ne peut pas arreter de voyager, d’écrire. Qui écrit, qui travaille, non pas comme un fou mais comme en transe.

Egon Kisch (1885-1948), une sorte d’Albert Londres berlinois, ou centre-européen, est né dans une famille juive séfarade de langue allemande à Prague, qui à l'époque faisait partie de l'Empire austro-hongrois, et a commencé sa carrière journalistique dans un journal de langue allemande à Prague. Son histoire la plus notable de cette période a été sa découverte du scandale d'espionnage impliquant Alfred Redl. Le cinéaste hongrois István Szabó a réalisé un film sur ce scandale en 1985: «Colonel Redl», avec Klaus-Maria Brandauer dans le rôle principal.


Au début de la Première Guerre mondiale, Kisch fut appelé pour le service militaire et est devenu un caporal dans l'armée autrichienne. Il fut brièvement emprisonné en 1916 pour avoir publié des reportages sur le front qui critiquaient la conduite de la guerre par l'armée autrichienne, mais il servit néanmoins plus tard dans les locaux de la presse de l'armée avec d'autres écrivains Franz Werfel et Robert Musil.


La guerre radicalisa Kisch. Il déserta en octobre 1918 lorsque la guerre prit fin et joua un rôle de premier plan dans la révolution de gauche avortée à Vienne en novembre de la même année. Kisch devint un membre du Parti communiste autrichien et est resté communiste pour le reste de sa vie.

Entre 1921 et 1930, bien que citoyen de la Tchécoslovaquie, il vit principalement à Berlin, où son travail trouve un public nouveau et reconnaissant. Dans des livres de journalisme rassemblés tels que Der rasende Reporter, il cultive l'image d'un journaliste spirituel, audacieux et toujours en mouvement, une cigarette serrée entre ses lèvres . Son travail et son personnage public ont trouvé un écho dans le mouvement artistique de Neue Sachlichkeit (Nouvelle objectivité), un volet important de la culture de la République de Weimar.


À partir de 1925, Kisch était un conférencier et un agent de l'Internationale communiste et une figure de premier plan dans l'empire de l'édition de la branche occidentale du Komintern dirigée par le propagandiste communiste Willi Münzenberg.


Le 28 février 1933, au lendemain de l'incendie du Reichstag, Kisch était l'un des principaux opposants au nazisme à être arrêté, mais en tant que citoyen tchécoslovaque, il fut pas condamné à la prison mais expulsé d'Allemagne. Ses œuvres furent interdites et brûlées.
Egon Erwin Kisch
Portrait par Rudolf Schlichter, 1927

Friday, 1 December 2017

La misère à Berlin

Queue devant magasin d'alimentation à Berlin vers 1920
Queue pour acheter du beurre et d'autres produits laitiers

Un extrait de "Adieu à Berlin", de Christopher Isherwood.

C'est sur certaines parties de ce roman que le film Cabaret, avec Liza Minelli, est basé.

« Herr Krampf, un jeune ingénieur, un de mes élèves, décrit son enfance pendant les jours de la guerre et de l'inflation. Pendant les dernières années de la guerre, les lanières ont disparu des vitres des wagons de chemin de fer: on les avait coupées pour vendre le cuir. Om a même vu des hommes et des femmes se promener dans des vêtements fabriqués à partir de la sellerie. Un soir, des amis de l'école de Krampf ont firent irruption dans une usine et volerent toutes les courroies de cuir. Tout le monde volait. Tout le monde vendait ce qu'ils avaient à vendre - eux-mêmes inclus. Un garçon de quatorze ans, de la classe de Krampfs, colportait de la cocaïne dans les rues entre les heures d'école.

Les fermiers et les bouchers étaient omnipotents. Leur moindre caprice devait être satistfait, si on voulait des légumes ou de la viande. La famille Krampf connaissait un boucher dans un petit village, qui avait toujours de la viande à vendre. Mais le boucher avait une perversion sexuelle particulière. Son plus grand plaisir érotique était de pincer et de gifler les joues d'une fille ou d'une femme sensible et bien élevée. La possibilité d'humilier ainsi une dame comme Frau Krampf l'excitait énormément: à moins de pouvoir réaliser son fantasme, il refusait absolument de faire des affaires. Ainsi, tous les dimanches, la mère de Krampf se rendait au village avec ses enfants et, patiemment, lui offrait des joues à gifler et à pincer, en échange de côtelettes ou d'un steak. »


On se demande si cette réalité sociale cocasse mais surtout brutale et tragique n’a pas eu sa part dans la « démoralisation » de la société berlinoise dans les années 20. L’apparition du « swinging » Berlin, avec sa liberté sexuelle, était-elle liée au besoin pour des nombreuses femmes (et hommes) de se prostituer pendant la guerre et l'époque de l'inflation ? Ça a peut-être « dédramatisé » le sexe monnayé, voire  le sexe tout court ?


Un billet de 100 billions marks. Combien de zéros?


Tuesday, 28 November 2017

Un livre d' Eric Weitz sur la République de Weimar


Eric D. Weitz, professeur d'histoire à l'Université du Minnesota, a écrit un livre sur l'Allemagne de Weimar. Il voit cette époque comme un temps d’importantes réalisations et la décrit telle qu’elle a été, non comme un simple prélude à l'ère nazie. Le livre n'a pas encore été traduit.


Lien pour le livre (en anglais) du professeur Weitz sur Amazon


Un des chapitres est consacré à Berlin, la capitale de la République de Weimar.

Voici un extrait de ce chapitre:



Weimar était Berlin, Berlin était Weimar. Avec plus de quatre million d'habitants, la capitale était de loin la plus grande ville d'Allemagne,
la deuxième plus grande d'Europe, une mégapole qui charmait et effrayait, attiré et repoussé les Allemands et les étrangers. dans les années 1920, elle était l'un des grands centres culturels de l'Allemagne et de l'Europe, la maison de la Philharmonie, l'Opéra d’État, l'Opéra Comique,
des dizaines de théâtres, et un groupe de grands musées, tous situés dans le
centre de la ville.

Berlin était un aimant pour les artistes et les poètes, les jeunes et ambitieux. Il y avait une vie nocturne scintillante, y compris des dizaines de bars homosexuels, et une fascination implacable pour le corps et le sexe.
Berlin était une grande machine économique qui produisait des articles électriques, textiles et produits de confiserie en quantités énormes. C'était le centre gouvernemental, et depuis la célèbre Wilhelmstraße, le ministère des Affaires étrangères, la Chancellerie du Reich, où le gouvernement siégeait, et le Reichstag, les dirigeants de l'Allemagne et les bureaucrates essayaient désespérément de maintenir l'ordre, et de raviver la position internationale de la nation.

C'était une ville de loisirs, avec des quartiers d'élégantes richesses et parcs d'attractions,
un zoo et de nombreux lacs accessibles par rail ou par tramway. Ses quartiers pauvres rivalisaient avec les pires bidonvilles du monde par leur manque de lumière, congestion et misère. Des dizaines de mille d'émigrés russes, fuyant le communisme, et des Polonais venus chercher du travail et des opportunités d'affaires, contribuaient à l’air internationale de la ville.

La communauté juive de Berlin était la plus nombreuse d'Allemagne, et la grande synagogue un symbole de piété et de prospérité. Le Berliner Dom, la cathédrale protestante commandée par le Kaiser Wilhelm II et achevée en 1905, témoignait par sa présence massive et son style Renaissance tardive des prétentions et de l’arrogance des Hohenzollerns, déposés par la révolution de
1918-19.

Thursday, 23 November 2017

Rudolf Belling, un cas difficile pour les censeurs nazis

Le Boxeur Max Schmeling par Rudolf Belling
Le Boxeur


Le sculpteur Rudolf Belling, né à Berlin en 1886, est un de ces artistes que les nazis déclarent “dégénérés” à leur arrivée au pouvoir. Le terme existait déjà auparavant, pour désigner l’art d’avant garde, qui s’éloignait du style classique considéré comme authentiquement allemand.

Ce qui est spécial avec Belling est que, tout en état considéré dégénéré, l’une de ces œuvres a été choisi pour une exposition d’art allemand pur et dur.

En 1918, avec les évènements révolutionnaires éclatants en Allemagne, Belling participe au Conseils des travailleurs pour l'Art. Il participe aussi à la fondation du Novembergruppe regroupant les artistes progressistes.

Sa sculpture Dreiklang (Triade), de 1924, en bois de bouleau lustré, est un exemple pionnier de sculpture abstraite et fut le premier vrai succès de Belling. Sa structure scindée pourrait symboliser les trois écoles de peinture, de sculpture et d'architecture que Belling a cherché à unifier.

En 1937, Dreiklang fut l'une des œuvres montrées à l'exposition Entartete Kunst (Art Dégénéré) de Munich. Conçu par le propagandiste du Reich Joseph Goebbels et autorisé par Adolf Hitler, le spectacle visait des œuvres modernes jugées «décadentes» ou «racialement impures» par le parti national-socialiste - mais la présence de Dreiklang soulignait la confusion et la complexité de l'approche culturelle nazie. Parce que, à un autre endroit de Munich, au même moment, une sculpture plus traditionnelle de Belling, représentant le boxeur allemand Max Schmeling, été montrée dans la Große Deutsche Kunstausstellung (Grande exposition d'art allemand). Elle était donc considérée comme une authentique œuvre d’art allemande.

Lorsque les autorités ont réalisé la coïncidence, les pièces «dégénérées» de Belling ont été retirées tranquillement, mais Le Boxeur resta dans la Grande Exposition.

En 1931, il était entré à l'Académie prussienne des arts de Berlin. Mais en 1933, avec l'arrivée au pouvoir d'Hitler et du régime nazi, il est considéré comme faisant de l'art dégénéré, il démissionne de l'Académie des arts. En 1935, il émigre aux États-Unis et le régime nazi lui interdit de revenir chez lui.

Le Museum Abteiberg de Mönchengladbach présente au public plusieurs œuvres de Rudolf Belling.


triade par rudolf belling 1924
Triade

Saturday, 18 November 2017

Wilhelm Heise, peintre néo-objectiviste de la période Weimar

die stadt-tableau de wilhelm heise-peintre allemand
Die Stadt, 1922

Wilhelm Heise (1892-1965), débuta son œuvre, comme beaucoup d’autres artistes allemands de cette époque, sous le signe de l’expressionnisme, pour se situer plus tard dans le champ du “néo-objectivisme”, qui prônait un approche plus proche de la réalité visible et, pour certains (Otto Dix, George Grosz), un engagement dans les combats sociaux.

Je trouve très peu de détails biographiques sur Heise dans la toile. Il paraît claire qu’il n’a pas été affecté par l’arrivée des nazis au pouvoir, contrairement à d’autres avant-gardistes, probablement parce que son style, ainsi que l’absence de sujets politiques dans ces tableaux, le faisaient acceptable ou tout au moins “non dangereux” aux yeux des nouveaux maîtres de l’Allemagne.

Il s’est marié avec Lisa Heise, laquelle avait maintenu une correspondance avec le poète Rainer Maria Rilke, des échanges qu’elle publia après la mort de Rilke sous le nom “Lettres à une jeune fille”. Lisa publia également un roman de sa propre production.

Wilhelm Heise fit sa scolarité dans la ville, alors allemande, de Metz.

Sunday, 12 November 2017

Walter Benjamin, un berlinois pas comme les autres


Walter Benjamin
Walter Benjamin (1892-1940)

Quand on pense au Berlin des années vingt, au Berlin qui a survécu à la défaite allemande dans la Grande Guerre et qui n’a pas encore connu le cauchemar hitlérien, on pense le plus souvent aux cabarets, aux théâtres de revues, bref, à la vie nocturne de ces années.

On pense aussi à l’art, et alors en premier lieu à des peintres comme George Grosz, avec ses portraits impitoyables, ainsi qu’à Otto Dix. À la littérature peut-être : Alfred Döblin, Bertolt Brecht.

Mais on pense plus rarement, peut-être, à la vie intellectuelle de la capitale allemande. Et pourtant, il y a tant à dire à ce sujet. Il y a eu Hannah Arendt, Gershom Scholem, Georg Lukács, Theodor Adorno. Et Walter Benjamin, critique littéraire et philosophe.

Benjamin est né à Berlin en 1892. Un berlinois donc, mais un berlinois universel, qui a passé de longues parties de sa vie en Suisse, en France, en Italie, en Espagne, en Israël.

Benjamin a écrit un livre autobiographique  sur son enfance à Berlin, mais j’ai du mal par ailleurs a trouver des témoignages sur sa vie berlinoise. Il y a par contre de nombreux textes de lui sur Paris, sur ses passages couverts, sur Charles Baudelaire.

Benjamin a connu une mort tragique en 1940 en essayant d’échapper aux nazis. C’est dans la ville frontalière espagnole de Port Bou qu’il a fini ses jours. Il y a un très beau monument dédié à sa mémoire dans cette ville catalane.

Voici le lien d’une émission d’Arte sur Walter Benjamin :


Tuesday, 7 November 2017

Un roman sur Berlin

unter den linden - berlin - 1930
Unter den Linden vers 1930

Un passage  du roman « L’exposition », de J.Sexer, dont l’action se déroule à Berlin entre 1925 et 1934.



La première journée de Bang à Berlin ne mériterait pas d'être ici consignée si ce monsieur n'allait pas jouer un rôle de premier ordre dans la genèse de l’œuvre d'art qui, plusieurs années plus tard, va préoccuper tellement Morel, marchand d'art, et Hans Schattendorf, chef d'Action Culturelle de Spandau
 
Bang avait pris le train de Copenhague à Edser et de là un ferry à Rostock. À neuf heures du matin d’un jour d’octobre 1925, son train s'arrêtait avec une secousse sous la toiture en verre de la Lehrter Bahnhof.

Une fois sorti de la gare, il put admirer, de l'autre côté de la Spree, la silhouette néoclassique du Reichstag avec sa coupole rectangulaire violacée et ses quatre tours, une à chaque coin de l'édifice. À droite et à gauche, des trains passaient par-dessus la rivière, des passagers venant des faubourgs faisaient la queue pour le bus qui les amènerait à leurs lieux de travail dans le centre ville, ou bien ils se dépêchaient en direction du S-Bahn, le train urbain qui relie la Lehrter aux autres nœuds ferroviaires de la capitale. 
 
Bang avait imaginé Berlin comme une ville sombre, toute en marron et noir. De grands édifices imposants, dont les façades donneraient sur des petites places, ouvertures étroites dans un dense tissu moyenâgeux. Mais il n'y voyait rien de médiéval ; l'Unter den Linden, large et lumineuse, des gens se promenant tranquillement sous les arbres, assis dans les bancs publics de l'allée centrale ou sirotant un café dans les terrasses. Un trafic intense, mais bien réglé par des policiers de gestes précis. 
 
Sur un îlot-refuge au milieu de l'agitation de la Friedrichstrasse, un homme noir en papier-mâché. Costume élégant, nœud papillon et chapeau, les mains dans la ceinture. Avec un grand sourire, il annonce la bonne nouvelle : "À Berlin ou à Paramaribo, je ne bois rien que du café Schibo." 
 
Les signes d'un policier obligent le taxi à s'arrêter. Depuis la Friedrichstrasse, une douzaine de demoiselles s'approchent en dansant un cancan : de la publicité pour un spectacle à l'Admirals-Palast. "C'est les Tiller-girls", explique le chauffeur. "Mais", allègue Bang, "Jackson-girls dit leur panneau". "Psss", fait le chauffeur en haussant les épaules, "la ville est pleine de ces girls, et il y en a toujours de nouvelles qui arrivent, de Londres ou de Leipzig, je sais pas trop. Tout ce que je demande c'est qu'elles ne soient pas fichues de traverser la rue juste maintenant..."
Tout près de son hôtel, à la Wittenbergplatz, il trouve un café : le Schimmel. La carte propose une large variété de boissons : café Moka, eau minérale Fachinger, vin de Tarragone, vermouth de Cadix, Elixir d’Anvers. Mais il fait chaud à Berlin, ce mois d'octobre 1925. Il ne choisit ni un grog d’arak ni un Goldwasser de Dantzig :
"Ein Bier, bitte.
 
Le garçon, aux cheveux à la gomina, s'éloigne avec une inclinaison de tête.

Friday, 3 November 2017

Film qui montre Berlin en 1934


station metro berlin 1934

Lien youtube:      Berlin 1934


Le film est tourné en 1934, probablement pendant l’été. La République de Weimar a cessé d’exister un an auparavant. La preuve : les swastikas qu’on aperçoit ici et là, les gens réunis autour d’un podium pour écouter l’allocution d’un personnage qui pourrait être un sosie d’Hitler (si ce n’est pas le génocidaire lui même, depuis plus d’un an chancelier du Reich…) qu’ils saluent du sempiternel Heil, un kiosque de journaux avec un numéro du Illustrierte Zeitung qui montre le Führer en première page. On apprend aussi qu’il était (encore) possible d’acheter le New York Times ou le londonien Daily Mail, entre autres publications étrangères.

Par ailleurs, le photographe nous amène voir les principales artères : la Friedrichstrasse, la Unter den Linden, la Kurfürstendamm, ainsi que les monuments les plus renommés, entre autres l’église du Souvenir (Gedächtniskirche), onze ans avant sa destruction par les bombardements alliés.

À 3’40 min, un rapide aperçu d’une façade d’architecture moderniste qui fait penser au Bauhaus, un style que les nazis détestaient ("architecture dégénérée"). Mais en 1934 la bataille idéologique n’avait pas encore été définitivement perdue pour l’avant-garde artistique et il était encore possible de montrer de telles images dans un film pensé sans doute comme promotion touristique.

Vers la fin du film, une exhibition de gymnastique au stade olympique (?) qui allait accueillir deux ans plus tard les Jeux Olympiques, filmés par Leni Riefenstahl et où l’athlète noir Jesse Owens humilia publiquement les nazis, en arrachant la médaille d’or au champion allemand.

Saturday, 28 October 2017

Lotte Laserstein et son parcours à Berlin


tableau abend uber potsdam berlin de lotte laserstein

Lotte Laserstein est née en 1898 en Prusse. Elle a reçu sa formation artistique à l'Académie des Beaux-Arts de Berlin, où elle est entrée comme l’une des premières femmes a avoir été admises.

Berlin dans les années 1920 était un endroit difficile mais passionnant. Laserstein a peint des cadavres pour illustrer des manuels pour obtenir de l'argent pendant la période d'hyperinflation. Pendant ce temps, les femmes grandissaient en autonomie et entraient de plus en plus dans le monde du travail. Laserstein a représenté la Nouvelle Femme, typiquement avec une coupe de cheveux masculine.

Ses premiers travaux étaient typiques du mouvement d'avant-garde Nouvelle Objectivité et aussi des tendances rétrospectives extrêmement traditionnelles de l'art allemand de l'époque. Ses œuvres étaient peuplées d'intellectuels à l’air mélancolique comme dans les portraits de Christian Schad, mais ses silhouettes avaient aussi souvent un regard fort, froid et athlétique qui les aurait peut-être rendues appropriées aux affiches de propagande nazie. Laserstein est difficile à placer de façon concluante dans n'importe quelle catégorie esthétique. Il y a un sentiment d'émotion et une connexion avec ses modèles qui ne semblent pas adaptés à la Nouvelle Objectivité. Les historiens de l'art ont également plaidé pour son placement dans le réalisme allemand et le naturalisme.

Le chef-d'œuvre de Laserstein fut la grande peinture Abend über Potsdam de 1930, avec l'horizon de la ville de Potsdam au loin. L’atmosphère est pensive et pleine d'ennui.

Pendant la période nazie, Laserstein, avec des racines juives, a émigré en Suède.
Elle a été redécouverte en 1987, lorsque Thomas Agnew and Sons et la Belgrave Gallery ont organisé une exposition commune. En 2003, une grande rétrospective du travail de Laserstein a eu lieu à Berlin.

Elle est décédée en 1993.

Wednesday, 25 October 2017

George Grosz et le Berlin des années 30


tableau berlin george grosz
Rue à Berlin. George Grosz. Musée de Grenoble.


Berlin dans les années 30 : entre frénésie et chaos (de l'excellent site web  "L’Histoire par l’image". Auteur : Charlotte Denoël)

La Première Guerre mondiale et la défaite allemande ont eu d’importantes conséquences politiques et économiques. D’une part, la chute de la monarchie en novembre 1918 et la proclamation officielle de la République de Weimar quelques mois plus tard n’ont pas réussi à étouffer l’agitation révolutionnaire, entretenue aussi bien par l’extrême gauche que par l’extrême droite et les formations militaristes. La guerre a fait place à une période de violents désordres intérieurs, en particulier à Berlin où se déroule la révolution spartakiste au début de l’année 1919.
D’autre part, en 1923, la République de Weimar doit faire face à une crise économique très grave : l’Allemagne subit une inflation sans précédent, qui ruine des millions d’épargnants et marque durablement les esprits, tandis que certains industriels parviennent à s’enrichir durant cette période. Malgré le rétablissement de la situation économique et sociale dans les années suivantes, les inégalités sociales restent criantes, et le gouvernement est l’objet de critiques de plus en plus virulentes de la part non seulement des partis extrémistes, mais aussi des intellectuels qui disposent désormais de nombreux moyens d’expression, tant la vie intellectuelle et artistique s’est développée à Berlin.


George Grosz (1893-1959), dessinateur et peintre berlinois, a ainsi mis son art au service de la critique sociale. Mobilisé pendant la guerre, il revient en 1918 à Berlin, où il prend part à l’activité politique : il contribue à la fondation du mouvement Dada à Berlin en 1918, avant d’adhérer au parti communiste allemand, tandis que ses caricatures, très agressives, fustigent impitoyablement les représentants de la bourgeoisie et refusent d’offrir une image embellie de la réalité.
Peinte en 1931, cette Rue à Berlin se distingue par la violence de son iconographie et de son style : dans cette scène de rue, Grosz dépeint la solitude de personnes issues de différentes classes sociales. Les bourgeois de l’époque, identifiables grâce à leurs vêtements typiques de la mode des années folles, à leur faciès porcin ou à leurs formes rebondies, côtoient le peuple, qui prend ici l’apparence d’une bouchère vue de dos, un tablier noué à la taille. L’Histoire fait irruption au milieu de la scène par le truchement d’une femme vêtue de noir, incarnation de la veuve de guerre, figure omniprésente en Allemagne où la Première Guerre mondiale a décimé toute une génération. Tous ces êtres humains errent dans la rue, sans que leurs chemins se croisent. En arrière-plan, de gauche à droite, une pancarte de gare ferroviaire, des étals de boucherie, un immeuble neuf entouré d’espaces arborés et une automobile rappellent que la scène se déroule dans la capitale allemande, symbole par excellence de la modernité.
Ce tableau de Grosz, qui, par certains traits, se rapproche de l’art caricatural et fourmillant de Jérôme Bosch, s’en démarque néanmoins par sa facture : son caractère d’esquisse, ses coups de pinceau rapides et désordonnés qui évoquent les graffitis populaires, son absence d’effets de matière et la noirceur de ses tons inscrivent cette toile dans son époque. L’impression de morcellement, d’asymétrie et le chevauchement des plans sont à l’image de la frénésie et du chaos urbains.
Latente dans cette œuvre, Berlin, qui fut l’objet de l’amour, des angoisses et de la haine de Grosz, a suscité les mêmes sentiments contradictoires chez les artistes qui sont venus s’y établir, la capitale allemande étant devenue le point de rencontre des avant-gardes européennes. Son essor extraordinairement rapide au XIXe siècle a contribué à lui forger une réputation de ville de « nouveaux riches ». L’enrichissement de la classe bourgeoise, qui coïncida avec l’accroissement du prolétariat dans les années 20 et 30, ne fit qu’accentuer les contrastes entre les quartiers riches et pauvres. Par ailleurs, Berlin fut longtemps le théâtre de sanglants combats de rue. Ainsi, la pauvreté sordide et le climat de violence qui régnaient continuellement à Berlin constituent-ils la toile de fond des œuvres réalisées à cette époque. Mais l’arrivée de Hitler au pouvoir le 30 janvier 1933 mit fin à toute expression artistique et entraîna la ruine de la civilisation berlinoise. Les artistes d’avant-garde qui, comme Grosz, n’avaient pu s’exiler aux Etats-Unis ou ailleurs, furent persécutés par les nazis, et leurs œuvres qualifiées d’« art dégénéré ».


Charlotte DENOËL, « Berlin dans les années 30 : entre frénésie et chaos », Histoire par l'image 
http://www.histoire-image.org/etudes/berlin-annees-30-entre-frenesie-chaos



Saturday, 21 October 2017

Le Berlin juif dans les années Weimar

berlin synagogue fasanenstrasse 1916
La synagogue de la Fasanenstrasse en 1916

Dans les années 1920, le yiddish était plus qu'une lingua franca pour les émigrés juifs d'Europe de l'Est; C'était aussi un langage de haute culture, comme en témoigne un nouveau livre édité par les professeurs Gennady Estraikh et Mikhail Krutikov.

«Yiddish in Weimar Berlin» décrit des scènes de rue dans la ironiquement nommée «Suisse juive», un bidonville au nord-est de l'Alexanderplatz, qui accueillait les arrivées de Pologne. Bien que misérable, dans le quartier on présentait des spectacles théâtraux tandis que les écrivains yiddish se regroupaient au Romanisches Café, surnommé le Rakhmonisches (Peine) Café par ses habitués à cause de sa «mauvaise cuisine et son intérieur délabré».

(Mon commentaire: La zone mentionnée doit être le Scheunenviertel, mais le café ironiquement appelé Rakhmonisches peut difficilement avoir été le Romanisches lui-même, qui se trouvait dans un tout autre quartier et dont l'intérieur n'était pas vraiment délabré. Ça a dû être un café moins prestigieux du Scheunenviertel appelé Rakhmonisches comme un jeu de mot et par dérision.)
......

Un autre chapitre de «Yiddish in Weimar Berlin» explore comment, en 1921, Abraham Cahan décida que Berlin était «en quelque sorte la ville la plus importante du monde» pour les Juifs et recruta du personnel pour un grand bureau du journal Forverts. Jacob Lestschinsky, spécialiste de la sociologie et de la démographie juive d'origine ukrainienne, a été embauché comme chef de bureau.

Bien que Lestschinsky soit arrêté à plusieurs reprises pour ses reportages courageux sur les pogroms antisémites de Berlin, ses rapports justes ont été écartés par des juifs comme Alfred Döblin et Asch, qui ont diagnostiqué les réactions exagérées d'un journaliste d'Europe de l'Est. "

En 1933, le bureau de Berlin Forverts a été dissous par l'exil ou la déportation. Pourtant, tout au long de la guerre, Forverts avait un abonné à Berlin, Johannes Pohl, un spécialiste judaïque de la Bibliothèque d'État prussienne dont les connaissances aidèrent les nazis à piller les bibliothèques juives dans toute l'Europe occupée par les Allemands.


D'un article du journal américain Forward

http://forward.com/schmooze/129788/cafe-culture-in-weimar-berlin/

Conrad Felixmüller

Conrad Felixmüller (1897-1977) est né à Dresde. En 1916, Lyonel Feininger et lui exposèrent à Berlin, dans la célèbre galerie Der ...