Saturday, 29 July 2017

Le Café Schimmel

Photo Café

Extrait du roman « L’exposition », de Hugo Walter.




« Le Schimmel était le local de réunion de la revue Der Bruch ; personne d'entre eux n'avait ni l'espace ni le confort pour recevoir. De plus, ils préféraient un lieu public, se sentir au milieu de l'agitation de la ville. Le Schimmel avait aussi l'avantage d'être proche d'autres lieux de rencontre du Westend.

Redécoré récemment dans un style que Paul appelait "art-déco" mais qui d'après Heinz était un "art-nouveau" tardif et que Harry définissait comme "bâtard de café viennois et cocktail-bar", l'établissement avait deux parties à des niveaux différents, clairement circonscrites par une balustrade ou grille métallique, couronnée par une rambarde en bois. Les grosses colonnes, qui divisaient la salle en des espaces plus réduits, la faisaient paraître plus vaste qu'elle ne l'était.

Chaque section avait sa clientèle. Le niveau d'en bas, le plus proche de l'entrée, avait la préférence des dames élégantes. Les nouveaux venus au café tendaient aussi à s'installer là, sans doute parce que c'étaient les premières tables qu'ils rencontraient en entrant.

Les habitués préféraient "le parterre". Pour la conversation, c'était plus tranquille et de là, à un niveau plus haut, on dominait toute la salle.

La table dix-huit, où Harry et sa bande siégeaient, était connue par les serveurs comme "la table des philosophes". Il y avait aussi "la table des professeurs", juste sur la balustrade.

Le seul dudit groupe qui était réellement professeur était un vieux monsieur qui avait enseigné l'histoire au lycée. Mais il y avait aussi un certain Gregorius, qui se nommait professeur et dont la spécialité était "l'astrologie expérimentale". Il s'accoudait habituellement sur la grille pour mieux observer les tables d'en bas. Un autre habitué de la table était un colonel à la retraite, à moustaches blanches épaisses et d'idées monarchistes.

Mais si l'équipe de Der Bruch passait une grande partie de son temps au café, ils avaient peu de contact avec le personnel. Pas par des préjugés de classe mais parce qu'ils ne se sentaient pas tout à fait bienvenus. Peut-être parce que, toujours fauchés, ils laissaient peu ou pas de pourboire. Harry avait fait de cette nécessité vertu : "La pourboire fait du client un seigneur et du serveur un serf ; c'est un résidu féodal."

C'est tout juste s'ils connaissaient le nom des deux garçons à charge de leur table : Max, qui prenait le service à cinq heures, et Marko, qui le remplaçait deux jours par semaine. Ils connaissaient donc "Max et Moritz", comme Dieter les nommait, allusion au conte d'enfants bien connu, mais ils n'avaient jamais fait attention à un autre serveur, un jeune homme aux cheveux courts peignés avec raie au milieu et qui, baptisé Konrad, répondait au nom de Conny. 

 
Vittorio était le seul qui se donnait la peine d'échanger avec le personnel. Comme il ne faisait pas partie du groupe à strictement parler, il était libre de déambuler dans la salle, de "voltiger" comme disait Dieter. Il venait une nuit sur deux, arrivait vers neuf heures, et peu après dix heures il repartait. Pour aller au Romanisches. Il venait au Schimmel parce qu'il trouvait les jeunes gens de Der Bruch sympathiques, mais pour entretenir et enrichir son réseau social, le Romanisches lui était irremplaçable. « 

Le roman "L'exposition" est disponible sur le site d’Amazon.

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