lundi 2 octobre 2017

Nous sommes tous Dada, Berlin est Dada


Berlin Expo Dada 1920

Révolution à Berlin en 1920



Du blog de Philippe CADIOU 
 

En 1920 à Berlin c’est la foire internationale Dada. Un moment de Grace dans le vingtième siècle. Après cette poussée vers le haut, l’effet Dada va se dissoudre, sauf pour les artistes qui s’y seront engagés : George Grosz, Hannah Höch (la Dadasophe), John Heartfiled, Franz Jung, Walter Mehring, Erwin Picsator, Richard Huelsenbeck, Raoul Hausmann (le Dadasophe), Carl Einstein, Hans Arp, Max Ernst (le Dadamax), Johannes Baader, Walter Serner, Wieland Herzfeld, Kurt Schwitters… dont on sait si peu de choses aujourd’hui.

Picasso découvre l’art comme révolution créatrice dans le cadre de la peinture – son œuvre tourne autour d’un noyau vide qui nécessite toujours de recommencer à partir de zéro et repartir dans de nouvelles directions. Les artistes Dada ont aussi découvert l’art comme révolution créatrice en faisant exploser le cadre général de la tradition esthétique, l’art dans son ensemble devient un noyau vide qui nécessite de repartir de zéro et chercher de nouveaux usages de l’art et par exemple atteindre directement la vie : transformer la vie en art. Une révolution explose à l’intérieur du cadre, une révolution explose hors cadre. Ne faut-il pas voir que les deux mouvements appartiennent à la même histoire au lieu de les opposer ?

D’où vient que l’art au vingtième finisse par s’identifier avec la révolution créatrice ? De la science ? De la politique ? Une révolution créatrice, c’est la rencontre d’une idée créatrice et d’un champ d’expérience à réinventer à l’intérieur d’une vie. Imaginons que ces vies se rassemblent autour d’une même idée, la révolution créatrice entre dans un champ à plusieurs.

Tout comme le génie de l’inconscient la révolution créatrice est anonyme. Qu’importe qu’il y ait tel ou tel nom dans l’histoire de l’art et qu’il s’ensuive une étonnante religion de la personnalité créatrice – cela reste stupéfiant : « la gloire est un scandale » dit avec raison Arthur Cravan. Disons que celui qui laisse un nom dans l’art ou dans la science, est celui qui aura capté essentiellement l’orientation de la révolution créatrice de son temps.

Si le mouvement Dada du Cabaret Voltaire en 1916 se veut antiphilosophique (contre les avant-gardes esthétiques et savantes), C’est à Berlin en 1920 que les artistes dadaïstes renouent avec l’avant-garde et rassemblent dans le même mouvement les théories révolutionnaires politiques, l’invention de la psychanalyse et la réinvention de l’art, trois révolutions créatrices.

Ce cocktail, c’est de l’explosif pour le vingtième siècle et le surréalisme français ne fera que lui emboîter le pas. Mais après lui tous les mouvements de contestation artistiques : Cobra, le situationnisme, Fluxus, etc. et tous ceux qui sont à venir.

C’est à Berlin tout à coup que la radicalité du vingtième siècle se décide et que partent les révolutions (et les contre-révolutions). Il s’agit bien de décider de la création de nouveaux mondes possibles. Cette connexion des trois révolutions créatrices se fait dans la tête de Raoul Hausmann (le Dadasophe), Hannah Höch (la Dadasophe), Richard Huelsenbeck, Kurt Schwitters, Otto Gross…

L’usage politique de l’art et la psychanalyse comme révolution créatrice, aura été réprimé systématiquement par les grands modèles politiques du vingtième siècle : le communisme autoritaire les systèmes politiques ultraconservateurs et les systèmes totalitaires.

Derrière l’art et la science s’engagent de grands remaniements de la vérité et seule la vérité aura été révolutionnaire.

Dès que l’art et la psychanalyse ont tenté des connexions avec la question du modèle politique, ils ont été réprimés – même encore aujourd’hui, que dire d’une société où c’est l’expert politique et économique qui parle exclusivement ?

L’art et la psychanalyse ont le souci commun de dégager la dimension du vrai des conventions abrutissantes et rassurantes du conformisme social et il est impossible de réveiller les hommes lorsqu’ils dorment sous les chapes de plomb des systèmes de pouvoir, même au nom de l’intérêt des individus. De ce fait, ni l’art ni la psychanalyse ne peuvent jamais servir un pouvoir ou une institution sans se détruire eux-mêmes. On ne peut transformer une révolution créatrice en système politique sans détruire la puissance révolutionnaire du vrai. Les possibilités créatrices des individus sont très surveillées.

Qu’il y ait eu en 1920 à Berlin ces rencontres étonnantes de la pensée, foyer des insurrections créatrices du vingtième siècle, marque notre histoire et montre la proximité de la question politique avec l’art. Car la révolution créatrice ne saurait être entièrement monopolisée par la technologie dans la mesure où la technique ne crée aucune vérité pour l’homme. C’est du côté de la poésie que se dit une vérité seule qui impacte et qui bouleverse nos vies.

Philippe Cadiou, 2016

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