Tuesday, 28 November 2017

Un livre d' Eric Weitz sur la République de Weimar


Eric D. Weitz, professeur d'histoire à l'Université du Minnesota, a écrit un livre sur l'Allemagne de Weimar. Il voit cette époque comme un temps d’importantes réalisations et la décrit telle qu’elle a été, non comme un simple prélude à l'ère nazie. Le livre n'a pas encore été traduit.


Lien pour le livre (en anglais) du professeur Weitz sur Amazon


Un des chapitres est consacré à Berlin, la capitale de la République de Weimar.

Voici un extrait de ce chapitre:



Weimar était Berlin, Berlin était Weimar. Avec plus de quatre million d'habitants, la capitale était de loin la plus grande ville d'Allemagne,
la deuxième plus grande d'Europe, une mégapole qui charmait et effrayait, attiré et repoussé les Allemands et les étrangers. dans les années 1920, elle était l'un des grands centres culturels de l'Allemagne et de l'Europe, la maison de la Philharmonie, l'Opéra d’État, l'Opéra Comique,
des dizaines de théâtres, et un groupe de grands musées, tous situés dans le
centre de la ville.

Berlin était un aimant pour les artistes et les poètes, les jeunes et ambitieux. Il y avait une vie nocturne scintillante, y compris des dizaines de bars homosexuels, et une fascination implacable pour le corps et le sexe.
Berlin était une grande machine économique qui produisait des articles électriques, textiles et produits de confiserie en quantités énormes. C'était le centre gouvernemental, et depuis la célèbre Wilhelmstraße, le ministère des Affaires étrangères, la Chancellerie du Reich, où le gouvernement siégeait, et le Reichstag, les dirigeants de l'Allemagne et les bureaucrates essayaient désespérément de maintenir l'ordre, et de raviver la position internationale de la nation.

C'était une ville de loisirs, avec des quartiers d'élégantes richesses et parcs d'attractions,
un zoo et de nombreux lacs accessibles par rail ou par tramway. Ses quartiers pauvres rivalisaient avec les pires bidonvilles du monde par leur manque de lumière, congestion et misère. Des dizaines de mille d'émigrés russes, fuyant le communisme, et des Polonais venus chercher du travail et des opportunités d'affaires, contribuaient à l’air internationale de la ville.

La communauté juive de Berlin était la plus nombreuse d'Allemagne, et la grande synagogue un symbole de piété et de prospérité. Le Berliner Dom, la cathédrale protestante commandée par le Kaiser Wilhelm II et achevée en 1905, témoignait par sa présence massive et son style Renaissance tardive des prétentions et de l’arrogance des Hohenzollerns, déposés par la révolution de
1918-19.

Thursday, 23 November 2017

Rudolf Belling, un cas difficile pour les censeurs nazis

Le Boxeur Max Schmeling par Rudolf Belling
Le Boxeur


Le sculpteur Rudolf Belling, né à Berlin en 1886, est un de ces artistes que les nazis déclarent “dégénérés” à leur arrivée au pouvoir. Le terme existait déjà auparavant, pour désigner l’art d’avant garde, qui s’éloignait du style classique considéré comme authentiquement allemand.

Ce qui est spécial avec Belling est que, tout en état considéré dégénéré, l’une de ces œuvres a été choisi pour une exposition d’art allemand pur et dur.

En 1918, avec les évènements révolutionnaires éclatants en Allemagne, Belling participe au Conseils des travailleurs pour l'Art. Il participe aussi à la fondation du Novembergruppe regroupant les artistes progressistes.

Sa sculpture Dreiklang (Triade), de 1924, en bois de bouleau lustré, est un exemple pionnier de sculpture abstraite et fut le premier vrai succès de Belling. Sa structure scindée pourrait symboliser les trois écoles de peinture, de sculpture et d'architecture que Belling a cherché à unifier.

En 1937, Dreiklang fut l'une des œuvres montrées à l'exposition Entartete Kunst (Art Dégénéré) de Munich. Conçu par le propagandiste du Reich Joseph Goebbels et autorisé par Adolf Hitler, le spectacle visait des œuvres modernes jugées «décadentes» ou «racialement impures» par le parti national-socialiste - mais la présence de Dreiklang soulignait la confusion et la complexité de l'approche culturelle nazie. Parce que, à un autre endroit de Munich, au même moment, une sculpture plus traditionnelle de Belling, représentant le boxeur allemand Max Schmeling, été montrée dans la Große Deutsche Kunstausstellung (Grande exposition d'art allemand). Elle était donc considérée comme une authentique œuvre d’art allemande.

Lorsque les autorités ont réalisé la coïncidence, les pièces «dégénérées» de Belling ont été retirées tranquillement, mais Le Boxeur resta dans la Grande Exposition.

En 1931, il était entré à l'Académie prussienne des arts de Berlin. Mais en 1933, avec l'arrivée au pouvoir d'Hitler et du régime nazi, il est considéré comme faisant de l'art dégénéré, il démissionne de l'Académie des arts. En 1935, il émigre aux États-Unis et le régime nazi lui interdit de revenir chez lui.

Le Museum Abteiberg de Mönchengladbach présente au public plusieurs œuvres de Rudolf Belling.


triade par rudolf belling 1924
Triade

Saturday, 18 November 2017

Wilhelm Heise, peintre néo-objectiviste de la période Weimar

die stadt-tableau de wilhelm heise-peintre allemand
Die Stadt, 1922

Wilhelm Heise (1892-1965), débuta son œuvre, comme beaucoup d’autres artistes allemands de cette époque, sous le signe de l’expressionnisme, pour se situer plus tard dans le champ du “néo-objectivisme”, qui prônait un approche plus proche de la réalité visible et, pour certains (Otto Dix, George Grosz), un engagement dans les combats sociaux.

Je trouve très peu de détails biographiques sur Heise dans la toile. Il paraît claire qu’il n’a pas été affecté par l’arrivée des nazis au pouvoir, contrairement à d’autres avant-gardistes, probablement parce que son style, ainsi que l’absence de sujets politiques dans ces tableaux, le faisaient acceptable ou tout au moins “non dangereux” aux yeux des nouveaux maîtres de l’Allemagne.

Il s’est marié avec Lisa Heise, laquelle avait maintenu une correspondance avec le poète Rainer Maria Rilke, des échanges qu’elle publia après la mort de Rilke sous le nom “Lettres à une jeune fille”. Lisa publia également un roman de sa propre production.

Wilhelm Heise fit sa scolarité dans la ville, alors allemande, de Metz.

Sunday, 12 November 2017

Walter Benjamin, un berlinois pas comme les autres


Walter Benjamin
Walter Benjamin (1892-1940)

Quand on pense au Berlin des années vingt, au Berlin qui a survécu à la défaite allemande dans la Grande Guerre et qui n’a pas encore connu le cauchemar hitlérien, on pense le plus souvent aux cabarets, aux théâtres de revues, bref, à la vie nocturne de ces années.

On pense aussi à l’art, et alors en premier lieu à des peintres comme George Grosz, avec ses portraits impitoyables, ainsi qu’à Otto Dix. À la littérature peut-être : Alfred Döblin, Bertolt Brecht.

Mais on pense plus rarement, peut-être, à la vie intellectuelle de la capitale allemande. Et pourtant, il y a tant à dire à ce sujet. Il y a eu Hannah Arendt, Gershom Scholem, Georg Lukács, Theodor Adorno. Et Walter Benjamin, critique littéraire et philosophe.

Benjamin est né à Berlin en 1892. Un berlinois donc, mais un berlinois universel, qui a passé de longues parties de sa vie en Suisse, en France, en Italie, en Espagne, en Israël.

Benjamin a écrit un livre autobiographique  sur son enfance à Berlin, mais j’ai du mal par ailleurs a trouver des témoignages sur sa vie berlinoise. Il y a par contre de nombreux textes de lui sur Paris, sur ses passages couverts, sur Charles Baudelaire.

Benjamin a connu une mort tragique en 1940 en essayant d’échapper aux nazis. C’est dans la ville frontalière espagnole de Port Bou qu’il a fini ses jours. Il y a un très beau monument dédié à sa mémoire dans cette ville catalane.

Voici le lien d’une émission d’Arte sur Walter Benjamin :


Tuesday, 7 November 2017

Un roman sur Berlin

unter den linden - berlin - 1930
Unter den Linden vers 1930

Un passage  du roman « L’exposition », de J.Sexer, dont l’action se déroule à Berlin entre 1925 et 1934.



La première journée de Bang à Berlin ne mériterait pas d'être ici consignée si ce monsieur n'allait pas jouer un rôle de premier ordre dans la genèse de l’œuvre d'art qui, plusieurs années plus tard, va préoccuper tellement Morel, marchand d'art, et Hans Schattendorf, chef d'Action Culturelle de Spandau
 
Bang avait pris le train de Copenhague à Edser et de là un ferry à Rostock. À neuf heures du matin d’un jour d’octobre 1925, son train s'arrêtait avec une secousse sous la toiture en verre de la Lehrter Bahnhof.

Une fois sorti de la gare, il put admirer, de l'autre côté de la Spree, la silhouette néoclassique du Reichstag avec sa coupole rectangulaire violacée et ses quatre tours, une à chaque coin de l'édifice. À droite et à gauche, des trains passaient par-dessus la rivière, des passagers venant des faubourgs faisaient la queue pour le bus qui les amènerait à leurs lieux de travail dans le centre ville, ou bien ils se dépêchaient en direction du S-Bahn, le train urbain qui relie la Lehrter aux autres nœuds ferroviaires de la capitale. 
 
Bang avait imaginé Berlin comme une ville sombre, toute en marron et noir. De grands édifices imposants, dont les façades donneraient sur des petites places, ouvertures étroites dans un dense tissu moyenâgeux. Mais il n'y voyait rien de médiéval ; l'Unter den Linden, large et lumineuse, des gens se promenant tranquillement sous les arbres, assis dans les bancs publics de l'allée centrale ou sirotant un café dans les terrasses. Un trafic intense, mais bien réglé par des policiers de gestes précis. 
 
Sur un îlot-refuge au milieu de l'agitation de la Friedrichstrasse, un homme noir en papier-mâché. Costume élégant, nœud papillon et chapeau, les mains dans la ceinture. Avec un grand sourire, il annonce la bonne nouvelle : "À Berlin ou à Paramaribo, je ne bois rien que du café Schibo." 
 
Les signes d'un policier obligent le taxi à s'arrêter. Depuis la Friedrichstrasse, une douzaine de demoiselles s'approchent en dansant un cancan : de la publicité pour un spectacle à l'Admirals-Palast. "C'est les Tiller-girls", explique le chauffeur. "Mais", allègue Bang, "Jackson-girls dit leur panneau". "Psss", fait le chauffeur en haussant les épaules, "la ville est pleine de ces girls, et il y en a toujours de nouvelles qui arrivent, de Londres ou de Leipzig, je sais pas trop. Tout ce que je demande c'est qu'elles ne soient pas fichues de traverser la rue juste maintenant..."
Tout près de son hôtel, à la Wittenbergplatz, il trouve un café : le Schimmel. La carte propose une large variété de boissons : café Moka, eau minérale Fachinger, vin de Tarragone, vermouth de Cadix, Elixir d’Anvers. Mais il fait chaud à Berlin, ce mois d'octobre 1925. Il ne choisit ni un grog d’arak ni un Goldwasser de Dantzig :
"Ein Bier, bitte.
 
Le garçon, aux cheveux à la gomina, s'éloigne avec une inclinaison de tête.

Friday, 3 November 2017

Film qui montre Berlin en 1934


station metro berlin 1934

Lien youtube:      Berlin 1934


Le film est tourné en 1934, probablement pendant l’été. La République de Weimar a cessé d’exister un an auparavant. La preuve : les swastikas qu’on aperçoit ici et là, les gens réunis autour d’un podium pour écouter l’allocution d’un personnage qui pourrait être un sosie d’Hitler (si ce n’est pas le génocidaire lui même, depuis plus d’un an chancelier du Reich…) qu’ils saluent du sempiternel Heil, un kiosque de journaux avec un numéro du Illustrierte Zeitung qui montre le Führer en première page. On apprend aussi qu’il était (encore) possible d’acheter le New York Times ou le londonien Daily Mail, entre autres publications étrangères.

Par ailleurs, le photographe nous amène voir les principales artères : la Friedrichstrasse, la Unter den Linden, la Kurfürstendamm, ainsi que les monuments les plus renommés, entre autres l’église du Souvenir (Gedächtniskirche), onze ans avant sa destruction par les bombardements alliés.

À 3’40 min, un rapide aperçu d’une façade d’architecture moderniste qui fait penser au Bauhaus, un style que les nazis détestaient ("architecture dégénérée"). Mais en 1934 la bataille idéologique n’avait pas encore été définitivement perdue pour l’avant-garde artistique et il était encore possible de montrer de telles images dans un film pensé sans doute comme promotion touristique.

Vers la fin du film, une exhibition de gymnastique au stade olympique (?) qui allait accueillir deux ans plus tard les Jeux Olympiques, filmés par Leni Riefenstahl et où l’athlète noir Jesse Owens humilia publiquement les nazis, en arrachant la médaille d’or au champion allemand.

Conrad Felixmüller

Conrad Felixmüller (1897-1977) est né à Dresde. En 1916, Lyonel Feininger et lui exposèrent à Berlin, dans la célèbre galerie Der ...