mardi 7 novembre 2017

Un roman sur Berlin

unter den linden - berlin - 1930
Unter den Linden vers 1930

Un passage  du roman « L’exposition », de J.Sexer, dont l’action se déroule à Berlin entre 1925 et 1934.



La première journée de Bang à Berlin ne mériterait pas d'être ici consignée si ce monsieur n'allait pas jouer un rôle de premier ordre dans la genèse de l’œuvre d'art qui, plusieurs années plus tard, va préoccuper tellement Morel, marchand d'art, et Hans Schattendorf, chef d'Action Culturelle de Spandau
 
Bang avait pris le train de Copenhague à Edser et de là un ferry à Rostock. À neuf heures du matin d’un jour d’octobre 1925, son train s'arrêtait avec une secousse sous la toiture en verre de la Lehrter Bahnhof.

Une fois sorti de la gare, il put admirer, de l'autre côté de la Spree, la silhouette néoclassique du Reichstag avec sa coupole rectangulaire violacée et ses quatre tours, une à chaque coin de l'édifice. À droite et à gauche, des trains passaient par-dessus la rivière, des passagers venant des faubourgs faisaient la queue pour le bus qui les amènerait à leurs lieux de travail dans le centre ville, ou bien ils se dépêchaient en direction du S-Bahn, le train urbain qui relie la Lehrter aux autres nœuds ferroviaires de la capitale. 
 
Bang avait imaginé Berlin comme une ville sombre, toute en marron et noir. De grands édifices imposants, dont les façades donneraient sur des petites places, ouvertures étroites dans un dense tissu moyenâgeux. Mais il n'y voyait rien de médiéval ; l'Unter den Linden, large et lumineuse, des gens se promenant tranquillement sous les arbres, assis dans les bancs publics de l'allée centrale ou sirotant un café dans les terrasses. Un trafic intense, mais bien réglé par des policiers de gestes précis. 
 
Sur un îlot-refuge au milieu de l'agitation de la Friedrichstrasse, un homme noir en papier-mâché. Costume élégant, nœud papillon et chapeau, les mains dans la ceinture. Avec un grand sourire, il annonce la bonne nouvelle : "À Berlin ou à Paramaribo, je ne bois rien que du café Schibo." 
 
Les signes d'un policier obligent le taxi à s'arrêter. Depuis la Friedrichstrasse, une douzaine de demoiselles s'approchent en dansant un cancan : de la publicité pour un spectacle à l'Admirals-Palast. "C'est les Tiller-girls", explique le chauffeur. "Mais", allègue Bang, "Jackson-girls dit leur panneau". "Psss", fait le chauffeur en haussant les épaules, "la ville est pleine de ces girls, et il y en a toujours de nouvelles qui arrivent, de Londres ou de Leipzig, je sais pas trop. Tout ce que je demande c'est qu'elles ne soient pas fichues de traverser la rue juste maintenant..."
Tout près de son hôtel, à la Wittenbergplatz, il trouve un café : le Schimmel. La carte propose une large variété de boissons : café Moka, eau minérale Fachinger, vin de Tarragone, vermouth de Cadix, Elixir d’Anvers. Mais il fait chaud à Berlin, ce mois d'octobre 1925. Il ne choisit ni un grog d’arak ni un Goldwasser de Dantzig :
"Ein Bier, bitte.
 
Le garçon, aux cheveux à la gomina, s'éloigne avec une inclinaison de tête.

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