dimanche 17 décembre 2017

Le cabinet du docteur Larifari

Cabinet doctor Larifari -  film

De 1930 date le film « Das Kabinett des Dr. Larifari ».

Disons tout de suite qu’il n’a rien à voir avec « Dr.Caligari », le film bien plus connu de Robert Wiene, chef d’œuvre expressionniste. « Caligari » avait fait l’objet d’une intense campagne publicitaire lors de sa première, en 1920, avec des slogans comme « Nous devons tous être Caligari ! », dans les journaux et sur des affiches.

Dix ans plus tard, une équipe formée par les comédiens Max Hansen, Paul Morgan et Carl Jöken, créent un petit joyau d’humour absurde, avec le régisseur Robert Wohlmuth, et empruntent le titre du grand film expressionniste pour faire quelque chose de completement different. Ils substituent Caligari par Larifari, un mot qui veut dire quelque chose comme « bavardage délirant ».

L’esprit du film (disponible sur youtube) est proche des contemporains Marx Brothers. Le scenario : trois amis fauchés imaginent une manière de gagner de l’argent : fonder une compagnie cinématographique, la « Trio-Film ». Seulement, quels films vont ils produire ? Ils passent d’une idée loufoque à l’autre. Ils finissent par réaliser que la production de films n’est pas la meilleure manière de payer leurs dettes. Mais entre temps ils nous livrent quelques sketchs réjouissants.

« Dr.Larifari » est un film sur le film. Ils se moquent des différents genres populaires à l’époque, et ils ne se privent pas de rire du nouvellement apparu film parlant, avec une scène où l’ingénieur de son enregistre le moindre bruit produit par les bouches d’une famille en train de manger la soupe.
On assiste aussi à un match de boxe où les adversaires chantent des airs d’opera au lieu de se donner de coups. Ca fait penser au sketch des philosophes footballeurs des Monty Python.
On voit aussi jouer les alors célébrissimes Weintraub Syncopators, une jazz-band qui faisait aussi des incursions dans d’autres genres musicaux, avec un humour tout à fait en syntonie avec Larifari.





Même si Trio-Film ne voit jamais le jour, 

rien n’empêche les trois entrepreneurs de rêver grand: ils voient déjà leur compagnie s’installer dans des bureaux monumentaux. Cette séquence est tournée dans le quartier général du groupe Ullstein à Berlin, un véritable palais qui hebergeait les rédactions des journaux et revues appartenant au groupe. On voit la façade, en elle même de style expressionniste, mais qui déformée par le lens de la caméra prend un air encore plus irreel. La maison Ullstein existe toujours par ailleurs. 

Une autre scène comique est celle où la comédienne autrichienne Gisela Werbezirk joue une femme écrivain : Frau Hedda Mutz-Kahla. Elle vient proposer un roman pour être filmé. « Il vous rapportera  sûrement 1.000.000 marks » , assure-t-elle, « que dis-je ? 1.050.000. » En plus elle chante  « Ich bin von Kopf bis Fuss... », la chanson de Marlene Dietrich dans L’Ange Bleu (qui avait eu sa première quelques mois auparavant), avec significativement moins de sex-appeal. 

Dans le café où les trois amis discutent de leurs projets, on voit un affiche sur le mur, publicité pour un nouveau film : « Le blond enfant danubien du Rhin », un titre digne de figurer dans la filmographie de Trio-Film.
Plusieurs des acteurs étaient des cabarettistes bien connus dans le Berlin des années 20. Tous ou presque sont partis en exil en 1933. Mais le rôle le plus marquant est celui de l’immense Max Hansen, un grand comédien d’origine danoise.



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