Tuesday, 30 January 2018

Berlin avant la catastrophe

Arvid Brenner Kompromiss Novel

L'auteur et traducteur suédois Arvid Brenner est né en 1907 à Berlin sous le nom de Fritz Helge Heerberger. Il  est mort à Stockholm en 1975.

Il étudia en Allemagne et s'installa en Suède après la prise du pouvoir par les nazis en 1933. Brenner devint citoyen suédois en 1938 et écrivit des chroniques dans des journaux Un auteur populaire dans les années 1940, il a ensuite été oublié pendant de nombreuses années, jusqu'à ce qu'Ingemar Hermansson publie une biographie sur lui.

Son roman Kompromiss (Le Compromis), publié en suédois en 1934, décrit l'atmosphère à Berlin, juste avant qu'Hitler ne prenne le pouvoir, ce que les gens ressentaient à l'époque, ce dont ils parlaient et rêvaient. Curieusement, le roman ne semble pas être traduit, même pas en allemand, bien qu'il soit un document fort intéressant sur l'histoire allemande.

  Voici un court extrait du roman d ' Arvid Brenner :


J'avais rencontré Nina lors d’une fête dans l’atelier d’un artiste. Pour une raison quelconque, elle me trouvait attractif, et je n'ai pas résisté. Je souffrais encore trop de complexes d'infériorité pour ne pas me sentir flatté par l'attention d’une telle fille. Oui, Nina était mignonne. Mignonne exactement de la même manière que des milliers d'autres filles en Europe et en Amérique. Son apparence était ordinaire, de type standard. Ou peut être pas. / ... /

Elle ne 
cherchait pas à mettre la main sur un millionnaire, elle voulait devenir elle-même riche. Probablement elle y réussirait, parce qu'elle était énergique, déterminée. Je ne l'ai pas compris clairement le premier soir, mais je finit par le faire. Parce que nous continuions à nous rencontrer. Nina avait un repaire, un petit bar intime, le Jockey-bar, où on s'asseyait dans de petites loges en velours rouge et on buvait un mélange infernal de crème glacée, eau gazeuse, gin et petites baies de couleurs criardes qui coûtaient deux marks le verre. J'ai dit que je ne paierais pas ça. Nina répondit qu'elle payait trente pfennig pour le breuvage, elle était bonne amie avec le patron du lieu. Un petit mais bon orchestre jouait, et il y avait toujours le même public, un mélange de Kurfürstendamm et d'éléments plus ou moins pervers et douteux. /.../

Nina trouvait bon de développer des «intérêts spirituels» (comme elle disait), à coté de sa praticité froide et moderne. Elle disait que les gens qu’elle connaissait étaient superficiels, et elle avait envie de natures plus «profondes». Elle aimait discuter avec moi des questions du jour et me parler de l'insatisfaction de son âme. /.../

Elle et Paul Dunker avaient une entreprise ensemble, qu'ils ont fondé avec une petite fortune qu’elle avait hérité. Ils faisaient des meubles et des décorations de maison ultra-modernes. Paul avait fait une école d'art et d'artisanat renommée, qui prônait un style fonctionnaliste radical et était détestée par tous les réactionnaires, puisqu’elle était considérée «de culture bolchevique», d'autant plus qu'elle était vraiment vaguement communiste. Paul, de son côté, n'avait aucun intérêt pour le communisme. Ses seules opinions étaient qu’il avait droit à faire ce qu’il lui plaisait, et que c'était une bonne chose de faire de l'argent avec des meubles fonctionnalistes. /.../

Paul et Nina étaient des représentants à part entière d'une certaine jeunesse moderne - endurcie, efficace, américanisée - qui n'avait ni inhibitions ni rêves, qui ne voulait autre chose que réussir. Ils étaient sans aucun doute très sains, et le fait qu'ils aimaient parfois se laisser aller à des vices divers n'avait pas d'importance. Nina avait l'habitude de dire qu'elle avait pris de la cocaïne pendant un certain temps. Que cela ait été vrai ou non - en tout cas, elle n'avait jamais devenue accro, son instinct de conservation était trop fort pour ça. /.../

Frau Dunker, la mère de Paul, habitait dans un quartier nouvellement construit dans l’extrême Westend. C'était la nuit et nous regardions l'éclat du phare de la tour radio qui balayait le ciel noir. On entendait, faible et lointain, le bruit de la circulation.
"Aimez-vous Berlin?" demandai-je au hasard.
Elle fit un geste comme si elle gelait en pleine chaleur d'août. Puis elle dit:


«Si vous saviez comme j'ai horreur de Berlin, je ne pense pas qu'il y ait une ville aussi désagréable dans le monde: elle n'a pas d'atmosphère à elle, c'est comme une immense gare où tout le monde est de passage et où personne n’habite. Tout est affreux et désolé ici. Stuttgart me manque, il y a de si belles forêts, là-bas. Ici il y a aussi des forêts, mais elles n'ont pas de mousse et sont pleines de monde.

Ma propre traduction

Arvid Brenner
Arvid Brenner, auteur germano-suédois

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