vendredi 2 février 2018

Berlin versus Vienne, un "derby" germanique


Map Europe



Berlin et Vienne. Vienne et Berlin. 


Les deux villes germaniques les plus peuplées, mais aussi les plus importantes en ce qui concerne l’art et les sciences, sans nier l’importance de Hambourg ou de Munich.

Mais les différences prédominent sur les similitudes. Berlin, luthérienne, contre Vienne, catholique. Vienne, capitale depuis des siècles d’un grand empire qui, en 1914, allait de la Méditerranée jusqu’aux proximités de la Mer Noire, et où on parlait une bonne trentaine de langues.
Berlin, qui jusqu’à 1871, n’était que capitale de la Prusse, un état parmi d’autres dans l’espace que nous appelons aujourd’hui Allemagne.

Vienne a été longtemps la capitale la plus importante, elle surpassait de loin Berlin. Mais en 1871 l’Empire Allemand est crée par Bismarck et Berlin devient sa capitale. Et, déjà dans les années 1920, elle dépassait Vienne par sa population.

Dans l’imaginaire germanique, Vienne était toujours synonyme de culture, mais aussi de spiritualité, de sensualité, de chaleur. Vue de Berlin, Vienne était une ville du sud, presque italienne. Berlin à son tour représentait avant tout la modernité, le dynamisme économique mais aussi culturel.

À l’aune de la Grande Guerre, Vienne n’était plus la capitale d’un empire mais juste d’un petit pays de l’Europe Centrale. Si avant la guerre elle pouvait s’enorgueillir de figures intellectuelles comme Sigmund Freud, Stefan Zweig, Hugo von Hoffmansthal, Adolf Loos, Gustav Klimt, maintenant elle vivait surtout de ses glorieux souvenirs.

Mais Berlin… Berlin était toujours capitale d’un grand état, le plus grand d’Europe, avec la France. Et c’est comme si toute la force créative qui avait abandonné Vienne avait déménagé à Berlin. Parce que c’est maintenant, malgré l’inflation et la misère, que l’ère de grandeur de la métropole prussienne commence. Les années Weimar.

La relation entre les deux villes ressemble un peu à celle entre Rome et la Grèce ancienne, avec Vienne dans le rôle hellénique. Une ville admirée par son passé, par son charme un peu désuet.

Karl Kraus, l’écrivain viennois, 

vient à Berlin vers 1927. Il est impressionné mais aussi dépité par l’avant-gardisme à ses yeux excessif. C’est à lui qu’on doit le bon mot: “À Berlin la situation est sérieuse mais pas désespérée. À Vienne, elle est bien désespérée, mais tout de même pas sérieuse.”

Le prix Nobel Elias Canetti, un autre viennois d’adoption, 


vient à la même époque. Dans ses mémoires il écrit:

“À Berlin, tout était proche d’un, toutes sortes d'influences étaient permises. C'était à la portée de quiconque de se faire remarquer, si seulement il était prêt à faire l'effort. Car c'était loin d'être facile, il y avait trop de bruit. Pourtant, au milieu du vacarme, vous saviez qu'il y avait des choses là-bas qui valaient la peine d'être vues et entendues. Tout était permis, toutes les interdictions - qui étaient nombreuses, surtout en Allemagne - s’atténuaient à Berlin. Je venais d'une vieille capitale comme Vienne, pourtant je me sentais toujours comme un paysan et regardais tout avec les yeux grands ouverts. Il y avait quelque chose de vif dans l'atmosphère, qui taquinait et stimulait. L'horreur et le chaos que l'on rencontrait dans les dessins de Grosz n'étaient nullement exagérés; ils étaient naturels ici, on s'y habituait. Chaque tentative de s’en protéger était vue comme une perversion, la seule chose encore perçue comme perverse, et si vous y réussissiez dans un court laps de temps, vous étiez vite tenté de revenir au chaos. Tout était transparent, il n'y avait pas d'intimité.”

Mais ce qui m'a le plus impressionné, c'est l'incompatibilité de tout ce qui s’imposait à moi, le fait que la coexistence était impossible, puisque chaque individu qui était quelque chose, et ils étaient nombreux, se devait de s'imposer aux autres.

Il était important de se montrer: la visite au Romanisches Café (et dans un niveau plus haut à Schlichter et Schwanecke) était un plaisir mais pas que. Cela s'appliquait à tous, y compris aux pique-assiette qui allaient de table en table au Romanisches Café et recevaient toujours quelque chose, tant qu'ils tenaient au personnage qu'ils représentaient et ne permettaient pas qu'il soit déformé.” (ma traduction)

On sent l’admiration mêlée à la répugnance. Un peu à l’envie aussi ?

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