lundi 5 février 2018

La Potsdamerplatz


Berlin Potsdamer Platz

De Eric D. Weitz, auteur du livre Weimar Germany, promise and  tragedy:
 

"La Potsdamer Platz est le cœur de Berlin, le carrefour le plus fréquenté d'Europe dans les années 1920. Cinq rues importantes mènent à la place. Chacun mène à des endroits très différents dans la ville. La Potsdamer Platz compte vingt-cinq lignes de tramway, sans compter les innombrables voitures, bus, taxis, voitures hippomobiles, bicyclettes et brouettes, qui produisent en moyenne 2753 véhicules par heure, d'après une statistique officielle de 1928. Nous commencerons notre promenade dans le kiosque qui se trouve devant le grand feu: cinq poutres d'acier qui émergent d'un bloc de ciment et se dispersent en forme de pentagone; à chacun de ses cinq côtés sont accrochés des rectangles, également en acier, où sont installés les feux de circulation qui regardent les cinq rues qui convergent sur la place. 

Au-dessus, une sorte de toit légèrement convexe, un phare qui, la nuit, allume près d'une centaine de bulbes qui brillent vers le haut. Pas un seul détail ornemental. C'est une architecture moderne et fonctionnelle: l'omniprésence de l'acier est compensée par la structure ouverte et aérée de la tour, repère visible à un kilomètre de chacune des rues qui y convergent. Les horloges sont d'autres indicateurs, rappelant au promeneur qu'il est temps de rentrer chez lui, que le rideau est sur le point de se lever, qu'il doit prendre un train, ou peut-être, peut-être, qu'il doit aller travailler. Personne n’aime la tour qui abrite les feux de circulation ; un journal berlinois a demandé sa démolition immédiate; un autre l'appelait "folie". Mais l'opinion des techniciens de l'urbanisme a finalement prévalu, et la tour a continué là où elle était, "en observant le réseau de rues, comme le juge qui décide d'un match de tennis."

Si nous tournons nos yeux sur le côté, nous voyons le célèbre Café Josty; si nous regardons dans la direction opposée, le quartier où se dresse l'imposant quartier général du gouvernement. Jeter un coup d'œil autour de nous c’est contempler les différents moyens de transport utilisés au cours des cinquante dernières années: un chariot chargé de tonneaux de bière, des voitures qui suivent des directions différentes, des tramways incessants qui s'arrêtent pour faire débarquer ses passagers, qui pensent aller à un café, à un théâtre ou simplement marcher autour de la place et jeter un coup d'œil. Certains resteront un moment avant de traverser la courte distance qui les sépare des deux gares principales, la Potsdamer, à droite de la place, et l'Anhalter, un peu plus loin. Les deux emmènent les Berlinois dans des endroits lointains, situés à l'est, à l'ouest ou au sud de la ville; aussi aux quartiers périphériques populeux. 

Chaque jour, des dizaines de milliers de Berlinois entrent ou sortent du métro et des échangeurs souterrains des différentes lignes qui traversent le sous-sol de la place. D'autres montent, en sautant, vers un tramway qui vient de démarrer. Pour donner une idée du brouhaha, pas même un bus à deux étages manque. Une femme va de café en café, vendant des fleurs. Les vendeurs de journaux crient les dernières nouvelles et, dans les termes du Berliner Tageblatt, ils semblent la seule chose immobile au milieu d'un tel tohu-bohu. La panoplie d’offres des différents partis politiques de toutes les tendances imaginables est telle que n'importe qui trouve quelque chose qui correspond à leurs intérêts. Une agitation horrible, mais qui a dit que la vie est simple? A chaque promeneur qui s'approche avec des pfennig à la main, les vendeurs donnent des publications soigneusement pliées qui lui offrent «tous les sentiments et les connaissances dont chacun a besoin pour une soirée en semaine, s'il veut être bien informé»."


Eric D. Weitz, professeur d'histoire à l'Université du Minnesota, a écrit un beau livre sur l'Allemagne de Weimar. À ma connaissance, le livre n'a pas encore été traduit au francais, le passage cité est de ma propre traduction et inclut à son tour des citations de connaisseurs de Berlin tels Franz Hessel et Joseph Roth.


Lien pour le livre (en anglais) du professeur Weitz sur Amazon


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Gerhard Marcks

Gerhard Marcks (1889 - 1981) était un artiste allemand, connu principalement comme sculpteur, mais également pour ses dessins, gravures ...