Monday, 26 March 2018

Hotel Adlon

Hotel Adlon Berlin

Si vous étiez un berlinois en 1925, comment diriez-vous Waldorf Astoria en allemand? Comment diriez-vous Claridge ou Hotel Ritz? Comment traduire Hotel Astoria-Saint-Pétersbourg, ou Hotel Imperial-Vienne, en dialecte berlinois? Vous diriez juste : «Adlon».


Chaque fois que l'on entend parler de lieux élégants et haut de gamme à Berlin, le nom Adlon vient immédiatement à l'esprit. Hôtel Adlon, sur l'Unter den Linden. Grand Hotel, le film avec Greta Garbo, basé sur un best-seller de Vicki Baum, est inspir par l'Hôtel Adlon. Il apparaît également dans les histoires d'Isherwood, dans des livres de William Shirer, Philip Kerr ou Volker Kutscher. En fait, il est difficile de trouver un livre sur Berlin dans les années vingt où Adlon n'apparaît pas, en tant qu'hébergement ou juste comme un nom prestigieux, pour souligner l'importance d'un personnage. Toute expression décrivant ces personnages ou ce milieu, n’incluant pas le mot Adlon, serait considérée comme incomplète ...


Film Gigolo poster

L'hôtel fut construit sur le site d'un ancien palais. Derrière une façade plutôt sobre, il était le plus moderne d'Allemagne, avec de l'eau courante chaude et froide et avec sa propre centrale électrique. Il y avait un immense lobby avec d'énormes colonnes de marbre carrées, un restaurant, un café, une cour de palmiers, un salon pour dames, une bibliothèque, une salle de musique, une salle de danse et plus encore. Déjà son emplacement en dit long sur son importance: au cœur du quartier gouvernemental de la Wilhelmsstrasse, à côté des ambassades importantes (dont celle de France à la Pariserplatz) et de la Porte de Brandebourg.

L'Adlon ouvrit ses portes en 1907 et est rapidement devenu le centre social de Berlin. Le Kaiser payait une somme forfaitaire pour garder des suites toujours disponibles pour ses invités. Et le ministère des Affaires Étrangères utilisait l'Adlon pour l'hébergement lors des visites d’État. Le concierge, au lieu de recevoir un salaire, payait lui même à l'établissement pour le privilège d'y travailler et ... empocher les pourboires d'hôtes illustres comme Albert Einstein, Enrico Caruso, Joséphine Baker, Marlène Dietrich, Greta Garbo et Charlie Chaplin! Sans compter la sulfureuse Anita Berber...  L'hôtel était un lieu de prédilection des journalistes internationaux, y compris William L. Shirer. Il est resté un centre de la vie sociale même pendant la période nazie, bien que les nazis eux-mêmes aient préféré le Kaiserhof, quelques centaines de metres plus au sud.
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Mary Pickford et Douglas Fairbanks à l'hôtel Adlon en 1926

Le thé dansant à l'Adlon était un événement très populaire. L'hôtel était même connu comme «école des gigolos». Ce n'est pas si grave que ça en a l'air: Gigolos ou 'Eintänzer' (un danseur d’une seule danse) étaient très répandus dans les années 1920 à Berlin, souvent de jeunes hommes beaux dans des tenues élégantes qui étaient prêts à danser avec qui voulait payer. Ce n'était pas du tout mal vu, car - après la guerre - il y avait une pénurie de danseurs masculins. Beaucoup de 'Gigolos' étaient aussi professeurs de danse. Parfois, une chose en entraînait une autre, le gigolo acceptait de faire plus que de danser avec sa partenaire… Cependant, en général, ils n'étaient considérés que comme des danseurs à louer.

Beaucoup de ces hommes étaient des vétérans ou des étudiants qui avaient du mal à payer leurs factures. Mais aussi des nombreux membres de l'aristocratie appauvrie se sont retrouvés à gagner leur vie sur les pistes de danse de Berlin. Et à l’hyper chic Adlon, ils étaient les bienvenus.



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