Thursday, 1 March 2018

Jeanne Mammen, chroniqueuse de Berlin

Jeanne Mammen - Romanisches Café- Berlin - 1930
Romanisches Café

Le nom de Jeanne Mammen n'est pas très connu, sauf chez les amateurs d'art. Pourtant, sa production était riche et variée.


Elle est née en Allemagne en 1890, mais sa famille déménagea à Paris où elle étudia l'art, non seulement dans la capitale française mais aussi à Bruxelles. En 1914, elle retourne en Allemagne et, en 1919, s'installe dans un ancien studio photographique au Kurfürstendamm 29 avec sa sœur Marie Louise, qui peint également. L'appartement se composait de deux petites pièces sans lumière électrique et sans téléphone ni salle de bain. "Les artistes n'ont pas besoin de ces choses", lui dit le propriétaire. Dans les années 1920, le Kurfürstendamm était l'artère principale de Berlin, et le studio, situé au quatrième étage d'un grand immeuble d'appartements, avait une belle vue sur la cour avec des arbres et des oiseaux qui chantaient. C'est là que Jeanne a vécu jusqu'à sa mort en 1976.

Elle s'est forgé une réputation de chroniqueuse à Berlin, et gagnait sa vie en faisant des affiches de films pour les studios UFA et en vendant des illustrations à des magazines de mode et satiriques tels que Simplicissimus, Der Junggeselle, Uhu et Ulk. Elle avait toujours son carnet de croquis sous la main, pour capturer l'atmosphère des rues, et de cafés et bars.
Jeanne Mammen - Im Café Kranzler - Berlin 1929
Café Kranzler 1929

Jeanne Mammen - Café Nollendorf - Berlin 1931
Café Nollendorf 1931

En 1929, Kurt Tucholsky, rédacteur en chef de la revue intellectuelle "Die Weltbühne", lui exprime son admiration: "Vos silhouettes sont nettes et claires, gracieuses et austères, et elles vous sautent littéralement au nez." Son travail graphique de cette époque pourrait être comparé à la nouvelle objectivité d'Otto Dix ou George Grosz, mais alors que leurs œuvres sont souvent caustiques, les dessins et les aquarelles de Mammen sont plus empathiques et, disent certains, plus féminins.

Elle a survécu aux années nazies avec l'aide d'amis et de mini-commissions. Elle aurait pu s'exiler comme beaucoup d'autres, mais a refusé de recommencer à zéro dans un pays étranger. Au lieu de cela, elle a vécu la vie d'une recluse, travaillant à la lueur des bougies et quittant à peine son studio pendant des jours à la fois.

Elle a dessiné les femmes modernes idéales des années 20: la vamp, la diva, la « flapper ». Elle a dépeint la métropole animée que Berlin était dans les années 20, avec ses cabarets, théâtres, et une trépidante sous-culture lesbienne de «clubs de dames».
Jeanne Mammen - Berlin 1935


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