Wednesday, 7 March 2018

Willi Münzenberg, génie de la propagande


Portrait Willi Munzenberg

Willi Münzenberg, militant communiste allemand


 a été appelé « propagandiste de génie », « talent journalistique inégalé » et « millionnaire rouge ». À Berlin, il a créé et dirigé « Die Welt am Abend », le tabloïd communiste le plus lu d’Allemagne, sinon du monde. Mais son talent entrepreneurial ne s’arrêtait pas là : il a crée un réseau (le « Trust Münzenberg ») qui couvrait le monde de la presse, du cinéma, du théâtre, des associations humanitaires, depuis l’Europe Occidentale jusqu'au Japon.


« Sans goût pour les débats et les motions où s’affrontent les ténors du Parti, éloigné aussi des batailles d’appareil, il est différent des autres en ce qu’il est extraverti, tourné tout entier vers le prosélytisme et la propagande. Américain, il eût fait une carrière à la Randolph Hearst (magnat de la presse, portraituré dans le film ‘Citizen Kane’, d’Orson Welles). Allemand, prolétaire, militant révolutionnaire, il sert la cause bolchevique avec le même talent qui l’eût rendu riche et influent dans le monde bourgeois. » François Furet, « Le passé d’une illusion », page 255.

Mais s’il ne fut pas vraiment riche, il menait bien une vie qui s’apparentait à la richesse : il circulait à Berlin dans une limousine Lincoln avec chauffeur, tel un grand chef d’entreprise et ne se déplaçait jamais sans ses gardes de corps.

Fils d'un cafetier de Thuringe, Münzenberg est né à Erfurt en 1889. Oui, la même ville où à la même époque le SPD tenait un congrès où on discuta le Programme d’Erfurt, critiqué dans un opuscule de Friedrich Engels.

Pendant la première guerre mondiale, il refuse de s’engager dans l’armée allemande et s’enfuit à Zurich. Là, il fait la connaissance de Lénine, exilé à Berne. Il devient le secrétaire de l’internationale des jeunesses communistes. Expulsé par la Suisse en 1917, il rejoint le mouvement spartakiste allemand. En 1918, il est un des fondateurs du Parti communiste d’Allemagne.

Pendant la République de Weimar, il acquiert la réputation d’un brillant propagandiste. En 1924 Münzenberg est élu député communiste au Reichstag. Il est un des seuls chefs communistes d’origine ouvrière ce qui lui adonne un prestige important. Il lance le A.I.Z. (Journal Illustré des Travailleurs ), une sorte de Paris Match communiste qui devient le journal de gauche le plus lu d’Allemagne. Les couvertures y étaient souvent illustrées par des montages de John Heartfield. Il y avait aussi Prometheus Film, qui était derrière des productions comme L'Enfer des pauvres (titre original : Mutter Krausens Fahrt ins Glück) et Kuhle Wampe (Ventres glacés), ainsi que (en collaboration avec la soviétique Mezhrabpom-Film) des classiques comme Les derniers jours de St Pétersbourg et Tempête sur l’Asie, de Pudovkine.
Magazine communiste allemand AIZ des annees 1920-30

Mais ses activités parmi des intellectuels de l’Europe Occidentale est peut-être ce qui l’a rendu le plus célèbre. Il réussit à imposer l’idée que le communisme était la seule véritable force d’opposition au fascisme. Sans être un intellectuel lui-même, il excelle dans l’art de convaincre des intellectuels et artistes occidentaux (qu'il appelle «ses innocents ») : Dos Passos, Malraux, Gide, Hemingway, Aragon, Sinclair Lewis, Dashiell Hammet, Romain Rolland. Pour l’historien François Furet, Münzenberg est le grand chef d’orchestre du « compagnon de route » figure typique de l’univers communiste.

Münzenberg fonde de nombreuses organisations telle la ligue mondiale contre l’impérialisme et le Secours Ouvrier International. Il crée de nombreuses organisations de façade qui en contrôlent d’autres (son « trust »).


Rupture avec Staline


Jusqu’en 1936, Münzenberg reste fidèle à Moscou, malgré le fait qu’il est déjà au courant des crimes staliniens. Appelé à se rendre à la capitale soviétique, Münzenberg désobéit car il redoute d’être victime d’une des purges. Il continue à travailler pour la cause antifasciste, mais en 1937, sa situation se complique : il est exclu du parti communiste allemand.  

Exilé en France, en 1940 il est interné en tant que ressortissant allemand. Il réussit à s’échapper, mais le 17 octobre son corps est découvert dans un bois près de Saint-Marcellin, une corde autour du cou. Beaucoup d’indices font penser qu’il fut assassiné par ordres de Staline.

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