Friday, 4 May 2018

Hollywood à Berlin

Film allemand MmeDubarry

Quand on dit « cinéma allemand de l’entre deux guerres », à quoi pense-t-on ? Des chefs d’œuvre du cinéma expressionniste comme Caligari et Nosferatu, et toute une série d’autres grands films comme Métropolis, Le dernier des hommes, M le maudit, Berlin Alexanderplatz. Pabst, Lang, Murnau.



Mais que sait-on des aspects bassement matériaux de ce cinéma ? De ses conditions économiques et perspectives commerciales ?



Un livre de Thomas Saunders, Hollywood in Berlin: American Cinema and Weimar

Germany. University of California Press, 1994, donne des intéressantes informations sur l’un des aspects : la relation entre les industries cinématographiques allemande et américaine pendant cette période.



Avant la première guerre mondiale, les films montrés en Allemagne étaient primordialement étrangers. Américains, mais aussi français, italiens, danois (le Danemark avait une industrie cinématographique étonnamment importante pour un pays aussi petit).



La guerre a tout changé. Interdiction d’importations, entraînant une dramatique augmentation du pourcentage de films produits localement. Pendant la guerre, les cinémas allemands montraient presque exclusivement des films allemands.



Arrive 1918 et la possibilité de à nouveau importer des films étrangers. Seulement, avec un mark tombé à des niveaux dérisoires, le prix des films en dollars devenait prohibitif. Donc, un essor continué pour le film germanique. C’est l’époque dorée pour la production allemande, les années de l’inflation : 1919-1924. Parce que affaiblissement de la monnaie nationale non seulement rendait impossible l’importation mais en plus stimulait l’exportation.



Des films comme Caligari et Nosferatu, mais aussi La rue sans joie et Madame Dubarry (de Lubitsch) connaissent des succès retentissants partout en Europe mais aussi dans le gigantesque marché américain.



Mais la relative récupération de l’économie allemande entre 1924 et 1929, entraîne paradoxalement des problèmes économiques pour l’industrie du film : l’importation devient accessible et l’exportation est pénalisée par un mark redevenu relativement fort. Les cinémas sont envahis par des productions américaines et une compagnie semi étatique comme la UfA, créée justement pour protéger le film allemand, se voit forcée de passer des accords avec des géants d’outre-Atlantique comme Metro Goldwyn Mayer et Paramount.



IL est vrai que les productions de Hollywood étaient appréciées par le public. Il en était autrement pour la critique. Les films américains sont techniquement parfaits et ses réalisateurs très innovants en ce qui concerne les recours narratifs. Beaucoup d’action, un rythme souvent trépidant. Mais : quid des scenarios ? Piteux, était l’avis de la plupart des critiques allemands. Manque de profondeur, d’une vision cohérente derrière la surface éblouissante. Quant aux films historiques tels Les dix commandements ou Ben-Hur, ils faisaient rire les allemands. Comment un peuple sans histoire comme les yankees pouvaient avoir une vision historique ?



Mais les faits étaient durs : Hollywood avait les dollars que manquaient au cinéma allemand, et puis le public adorait aussi bien les westerns que les comédies slapstick.




Mais 1930, tout change. Les films américains perdent du terrain face aux productions allemandes. Pourquoi? Les films muets étaient facilement compréhensibles indépendamment de la langue. Les films parlants ne l'étaient pas.


Pickford Fairbanks in Berlin
Des stars américains étaient populaires en Allemagne




À propos Madame du Barry d’Ernst Lubitsch, une histoire piquante : le succès récolté par cette production allemande auprès du public américain est perçu en France comme une provocation de la part de l’ennemi. La critique française mène alors une campagne virulente contre ce produit de la « propagande anti-française » et appelle à la défense de l’art cinématographique français contre les « attaques allemandes ». Les films allemands sont définis comme des produits industriels sans âme et sans visage, destinés à un public international. Ironiquement, la même critique que la presse allemande dirigeait à l’égard des films américains…

Mais, au même temps, la très patriotique American Legion marchait dans les rues de Los Angeles pour protester, devant le cinéma qui montrait Docteur Caligari, contre la menace que les films allemands, trop bon marché, représentaient pour l’industrie du film américaine.





Voir Marc Lavastrou : La réception de Madame du Barry d’Ernst Lubitsch par la presse cinématographique française du début des années 1920







Voici l'affiche pour la première américaine de Dr Caligari, en 1921. Son style n'est pas spécialement expressionniste, à la difference de l'affiche original.
Cabinet Dr Caligari poster
De Rin Tin Tin in Berlin, par Jan-Christopher Horak, 1993 dans Film History
Cabinet Dr Caligari poster
L'affiche allemande

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