Wednesday, 4 July 2018

Amour et technique

Dans le tout premier chapitre de l’excellente série télé Babylon Berlin qui sera diffusée en France bientôt, il y a une scène entre Charlotte Ritter (l’une des personnages principaux) et sa petite sœur.
Charlotte est en train de faire sa toilette matinale. La petite sœur l’observe. Par la fenêtre de leur appartement (elles habitent avec leur famille dans un véritable taudis d’un quartier ouvrier du nord de Berlin) on entend un air. La petite sœur découvre que la musique vient d’un gramophone chez un voisin, lequel est lui aussi en train de se laver, ou plus précisément de se raser les aisselles…



L’air qu’on entend et que les deux sœurs chantonnent, s’appelle Deine Augen sind Magnete (Tes yeux sont des aimants). Des paroles simples, un peu romantiques, comme il fallait dans une Allemagne qu’adorait le sentimentalisme, mais aussi des éléments d’une réalité toute matérielle, des termes issus de la technique du vingtième siècle. « Un peu de technique, un peu d’amour », comme le texte de Erwin W. Spahn dit.



Voici les paroles, dans l’original et en version française :



Deine augen sind Magnete

Und sie strahlen den sternen gleich

Deine küsse

Verbindungsdrähte

Zwischen erde und dem Himmelreich

Bisschen Technik

Bisschen Liebe

Bisschen wonne und bisschen Schmerz

Sind der motor in dem Getriebe

Und betriebsam ist das dumme Herz





Tes yeux sont des aimants

Et ils brillent comme les étoiles

Tes baisers

fils de connexion

Entre terre et ciel

Un peu de technique

Un peu d’amour

Un peu de bonheur et un peu de douleur

Sont le moteur de la machine

Et le cœur stupide se met en marche





La musique a été composée par Hermann Leopoldi (1888-1959) et les paroles sont de Erwin Wendelin Spahn (1898-1941), nés tous les deux à Vienne. Après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en 1938, tous les deux furent envoyés dans des camps de concentration. Leopoldi réussi à être libéré mais Spahn fut assassiné par les nazis.



La version qu’on entend dans la série est par l’ensemble de Bernard Etté, violoniste et chef d’orchestre (1888-1973). Le chanteur est Fritz Berger. 




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