Wednesday, 22 August 2018

Des nazis à la Kurfürstendamm !

Nazis in Berlin 1926
Photographie de Willy Römer. Stadtmuseum Berlin.

Cette photo, montrant un défilé nazi sur la Kurfürstendamm, m'a paru étrange au premier abord.
Elle a été prise par le photographe Willy Römer en 1926. Étrange, parce que le parti nazi n'avait jamais eu un fort soutien à Berlin, surtout pas dans le West End, dont la Kurfürstendamm était l’artère principale. Le «Damm» était la vitrine la plus moderne et la plus internationale de la capitale. Elle était ses Champs Élysées, son Broadway, sa Gran Via.

Mais 1926 est aussi l'année où Joseph Goebbels, originaire de la Rhénanie, s'installe à Berlin pour occuper le poste de chef de parti dans la capitale, avec pour mission de «convertir» les Berlinois cosmopolites au credo national-socialiste.

Alors, peut-être que la bande de nazis que montre la photo ne faisait que obéir l'ordre de leur chef de propager le culte d'Hitler parmi les incrédules de Berlin Ouest.




Un extrait du roman "L’exposition", de Jorge Sexer:
La Kurfürstendamm est depuis longtemps l'un des deux centres nocturnes de la ville. L'autre, Friedrichstadt, autour de l'Unter den Linden, a perdu du terrain à mesure que "la marche vers l'ouest" s'intensifiait, l'Est étant pénalisé par ses quartiers pauvres.


Là-bas, à l'est du Tiergarten, il y a, c'est vrai, le palais royal, les grands musées, l'université. Mais à l'ouest c'est la modernité, et c'est dans cette direction que les riches se sont déplacés, et avec eux les grands magasins.

L'un de ces magasins est Wertheim, un majestueux édifice en pierre avec quelque chose de hanséatique, où l'on peut acheter des sardines portugaises aux bas de soie français, et aussi le radio-gramophone du modèle le plus récent. Combien de temps encore ? Les propriétaires sont Juifs.Mais les gens venaient à la Kurfürsten après la chute du soleil aussi, non plus pour faire ses emplettes, mais pour se divertir. Là étaient le Gloriapalast, l'Universum, l'Alhambra et autres cinémas, des restaurants comme Kempinski, des théâtres, des cabarets. Et, bien sûr, des filles et des garçons "de joie".


C'était le royaume de la sophistication, de la mode flambant neuve, de la folie la plus récente. Si Berlin était un transatlantique, la Kurfürstendamm était sa haute proue. Un tel milieu ne pouvait qu'être haï de rustres comme Hitler, qui se sentait perdu dans ce charabia d'autos, de tramways, de néon.


Quelle manie, ces gens, de couvrir tout de leurs svastikas. Pour que personne ne puisse, même une minute, oublier que maintenant on vit dans la Nouvelle Allemagne. Tout doit être "Nouveau" pour eux, mais leurs nouveautés sont toutes autres que celles dont la Kurfürsten regorgeait autrefois : le cinéma sonore, les voitures de course, la jazz-music, le rythme irrésistible du Charleston.

"L'exposition", roman disponible sur Amazon comme e-book ou en papier.

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