Friday, 18 January 2019

Mascha Kaléko





J'essaie souvent de reconstruire dans mon esprit l'atmosphère de célèbres cafés littéraires, comme le Romanisches à Berlin.
Je note les noms de personnes qui l'ont fréquentée, comme le romancier Erich Kästneret le journaliste Kurt Tucholsky. Je doute que Thomas Mann l'ait fait, il était trop sérieux pour passer des heures dans des cafés et qui irait dans un endroit comme celui-ci juste pour prendre un petit noir et puis filer ? En outre, il vivait principalement à Munich. Mais peut-être ses enfants, Klaus et Erika ? Et bien sûr, Joachim Ringelnatz et Else Lasker-Schüler.



Je viens de découvrir une autre habituée du Romanisches : Mascha Kaléko. Elle est née en 1907, pas à Berlin ni même en Allemagne. Comme beaucoup de berlinois adoptifs, elle était originaire des régions orientales de l'empire austro-hongrois, de la Galicie.




Sa famille avait emigré en Allemagne pour échapper aux pogroms et sa première adresse à Berlin était Grenadierstrasse 17, dans le Scheunenviertel, le quartier des juifs pauvres. À Berlin, elle a étudié la philosophie et la psychologie, mais ce qui l'intéressait vraiment était la poésie.



Elle publiait régulièrement des poèmes dans des journaux tels que la Vossische Zeitung, le Berliner Tagblatt et le Welt am Montag. En 1929, elle publie ses premiers poèmes dans le prestigieux Der Querschnitt. Des vers sur la vie des pauvres gens de la grande ville, avec un mélange particulier de mélancolie et d'humour.



Son premier livre de vers, Das Lyrische Stenogrammheft. Verse für den Alltag (1933), bien qu'apparemment influencé par le "Gebrauchslyrik" (Poèmes d’usage quotidien) d'Erich Kästner, avec son ton cynique bien que néo-romantique, révèle néanmoins un style très personnel avec une saveur bien berlinoise.



On pourrait penser qu'étant juive, Mascha aurait quitté l'Allemagne en 1933, comme beaucoup d'autres. Mais le fait est que beaucoup de Juifs allemands ont réussi à survivre pendant cette période, même si les conditions empiraient constamment. Finalement, elle a émigré aux États-Unis en 1938.



Après la guerre, son œuvre poétique a trouvé un nouveau public en Allemagne. Elle a visité Berlin une dernière fois en 1974. Elle vivait en Israël mais rêvait d' un petit appartement à Berlin, où elle passerait quelques mois chaque année. Mais elle n’a pas vécu assez longtemps pour réaliser ces rêves. Elle mourut en 1975.




Un de ses poèmes, de Das Lyrische Stenogrammheft.






Amour de grande ville


Vous vous rencontrez quelque part à la hâte
et fixez un rendez-vous un jour quelconque,
Quelque chose, difficile à dire quoi,
vous fait sentir que vous ne pouvez vous en passer.
À la deuxième glace à la framboise, vous vous tutoyez déjà.


Vous vous plaisez et par les matins grisâtres
vous entrevoyez la lueur des soirées heureuses.
Vous partagez les soucis de la vie quotidienne
vous partagez la joie d'un salaire supplémentaire.
Le reste, le téléphone s’en occupe.


On échange des baisers dans les bancs publics,
Erotisme ? Oui, mais que le dimanche,
les autres jours, qui pense a ça ?
On parle avec des mot simples, et rougit rarement.

Aucune rose ou narcisse n'est offert
Et quand vous êtes lasses des aventures du week-end et des bisous
vous vous envoyez, par le biais de la Poste
en écriture sténographique, juste un mot: «Fini! »






(Ma propre traduction)











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