Friday, 16 August 2019

La radio dans l'art de Weimar

Mann mit Radio, Kurt Weinhold, 1929


La naissance de la radio allemande date du 29 octobre 1923 à Berlin, lorsque Radio-Stunde-AG a commencé à envoyer des messages de la "Vox-Haus", à la Potsdamer Strasse. Le point de vue des artistes contemporains sur le nouveau médium révolutionnaire était melangée, allant de l’intérêt au scepticisme.



L'artiste berlinois Kurt Weinhold peint un homme d'âge moyen, plongé dans son écoute d'un poste de radio. Pourquoi nu? Peut-être parce qu'il est censé représenter, non pas un ouvrier ni un bourgeois, mais juste un homme. Le sous-titre du tableau est bien Homo Sapiens.



C’est une représentation quelque peu satirique de l'homme moderne, dont la sagesse découle non pas de la lecture de livres ni d'ailleurs de la spéculation scientifique ou philosophique, mais de l'absorption de contenus qui lui sont transmis par un moyen technique froid: un étrange dispositif en bakélite avec antenne et lampes. Un homme seul, nu devant la machine, relié à elle. Les quatre autres personnes dans les photos de ce post (toujours des hommes, pas des femmes) sont isolées également. Seuls et isolés du monde extérieur.


Kurt Günther, "Der Radionist", 1927
L’auditeur radiophonique au regard misanthrope sur la photo ci-dessous - de Kurt Günther – est supposée représenter les limites intellectuelles de la petite bourgeoisie, insensible au monde extérieur. Son titre alternatif est en effet "Petit-bourgeois à la radio". Iil s'agit en réalité du portrait d'un homme paraplégique en fauteuil roulant qui habitait dans le même immeuble que Kurt Günther.



Si Kurt Günther l’avait peint aujourd’hui, l’auditeur serait probablement assis dans le métro ou à la table du dîner avec sa femme, en train d’écouter son smartphone.



Cependant, en regardant de plus près, on voit que l’homme tient un livret d’opéra dans la main droite, c’est «Die Zauberflöte» (La flûte enchantée), de Mozart. L'expression vide de ses yeux est peut-être le résultat d'une écoute concentrée. Le monsieur n’est peut être pas insensible au monde extérieur, il est juste un amateur d'opéra.
 

Le sujet de la radiodiffusion était très répandu dans la peinture de la Nouvelle Objectivité. Voir, par exemple, Max Radler ("Auditeur de radio", 1930), Kurt Weinhold ("L'homme à la radio"ou Homo sapiens, 1929) ou Wilhelm Heise ("Verblühender Frühling", Printemps fané, 1928).

"Alors que la radio apparaissait comme un nouveau média et transformait la communication et la culture populaire, les critiques ont soulevé des questions sur son impact sur la vie des gens. Dans un article de 1924 du Frankfurter Zeitung, le rédacteur en chef et critique Siegfried Kracauer écrivait:" La radio aussi disperse nos êtres avant même qu’ils aient attrapé une étincelle. Comme beaucoup estiment qu’ils doivent diffuser, nous sommes dans un état constant de réception, de Londres, de la Tour Eiffel, de Berlin. Qui pourrait résister à la séduction de ces délicats écouteurs ? Ils brillent dans les salons, ils se dressent mécaniquement autour de la tête - et au lieu de cultiver une conversation éclairée, ce qui sera sûrement ennuyeux, nous nous transformons en terrains de jeu du bruit mondial qui, sans se soucier de son potentiel ennui, ne respecte même pas notre humble droit à l'ennui personnel. "[Siegfried Kracauer, Works, volume 5.2, page 162. Texte original: Frankfurter Zeitung, 16 novembre 1924.]"

Le texte ci-dessus est emprunté au site GHDI 
http://germanhistorydocs.ghi-dc.org/index.cfm

Max Radler, Auditeur de radio, 1930
Radiohörer (Auditeur de radio) est un tableau de Max Radler, artiste munichois, dont les thèmes étaient souvent des paysages industriels, des routes, des gares. Ici, il choisit encore un sujet moderne: la radio. Son personnage principal, un ouvrier, écoute attentivement ce nouveau média qui lui permet de transcender les limites étroites de sa vie quotidienne pour atteindre le monde entier. Une vision positive de l'écoute de la radio, par opposition aux images de Radler et de Günther.



Wilhelm Heise, Verblühender Frühling, 1928

Comment interpréter la peinture de Heise? Des instruments électroniques et, derrière, quelques plantes en pot, "fanées", dit le titre du tableau. La seule figure humaine n’écoute pas la radio, elle est plutôt en train d’en réparer ou d’en construire une. Il a l’air rêveur. Se demande-t-il si la technique est une bonne chose ou s'il devrait plutôt s'occuper des plantes? Question ouverte.








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